"La justice vaudoise me persécute"
2003/05/02 - Le Matin
Drogue : A l’heure où les autorités évoquent la dépénalisation du cannabis, un chanvrier dénonce l’acharnement des juges
Trente jours de prison préventive, plusieurs perquisitions, deux demandes d’expertise psychiatrique, des milliers de francs engloutis par six années de procédures judiciaires... La justice s’acharne-t-elle sur Alexandre Peverada ?
C’est ce qu’affirme le propriétaire de Cannatech, magasin spécialisé dans la culture du chanvre situé à Montagny-près-Yverdon (VD). Sous le coup d’une enquête pour infraction à la loi sur les stupéfiants ouverte en février 2002, l’homme, âgé de 45 ans, dénonce des juges qui l’ont laissé sur la paille et ont "anéanti" sa famille ("Le Matin" du 10 février). "Ma femme, Garance, et mes deux enfants de 8 et 5 ans ont particulièrement souffert", déplore l’ancien bûcheron.
Alexandre Peverada est d’autant plus révolté qu’il s’estime innocent. Certes, il vend dans son magasin, à côté du matériel horticole, des jeunes plants de chanvre à cultiver à domicile. Mais l’activité est parfaitement légale. Le magasin nord-vaudois est ainsi inscrit au Registre du commerce et son propriétaire paie la TVA comme tout le monde. L’engrais qu’Alexandre Peverada a mis au point pour le chanvre a même été homologué par l’Office fédéral de la santé publique. L’affaire Cannatech illustre donc toutes les contradictions de la politique suisse, qui n’interdit la culture du chanvre que si elle sert à "extraire des stupéfiants".
Pour l’heure, aucune accusation n’a pu être prouvée. "Très clairement, la justice a bien de la peine à trouver quelque chose. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé", relève son avocat, Christian Favre. S’il se refuse à utiliser le terme de "persécution", il admet que son client est un homme qui "dérange", de par ses prises de position politiques sur le cannabis et par "son mode de vie bohème".
Débat au National
De son côté, Jacques Antenen, le juge d’instruction cantonal vaudois, balaie l’accusation d’acharnement : "C’est un mauvais procès que l’on nous fait. Nous avons scrupuleusement respecté la loi". Le juge rappelle enfin qu’Alexandre Peverada est quand même soupçonné de vendre aussi des produits stupéfiants, ce que nie l’intéressé : "Je n’ai jamais vendu de fleurs de chanvre séchées !".
Un brin d’espoir subsiste pour le chanvrier vaudois. La semaine prochaine, le Conseil national doit se prononcer sur la dépénalisation du cannabis, qui autorise notamment les points de vente selon certaines conditions. Lancé il y a trois ans par Ruth Dreifuss, le projet de loi a déjà été approuvé par le Conseil des Etats.










