Afrique : Les adeptes du rastafarisme fêtent Bob Marley
Les gens ignorent souvent que le Rastafarisme est une religion qui a ses règles comme les obédiences catholiques, protestantes, musulmanes, etc. Le Rastafarisme est avant tout, une religion qui se caractérise par ses nombreux emprunts au christianisme. A ces emprunts se sont ajoutés une mise en valeur de l’Afrique. La majorité des rastafaris portent des nattes appelées dreadlocks et une barbe. En dehors d’être végétarien, car toute créature de Jah qui a le sang mérite adoration et respect, ils veulent un culte à l’Herbe (le cannabis). La sacralisation de l’Herbe est un point important dans l’idéologie rastafari. D’après eux, l’utilisation quotidienne du "Gandja" qui est utilisée, même pour de simples repas, tire son origine dans la Genèse 3 "Tu mangeras l’herbe du pâturage" et dans le psaume 18.
La célébration du 24ème anniversaire du décès du chanteur de raggae, Bob Marley est venue faire revivre, aux adeptes du rite rasta, les difficultés qui naissent de leur choix de vie. Ici et là, des comités organisés de façon plus ou moins informels se sont donnés pour mission d’organiser l’hommage à celui qui, pour la plupart, leur a fait découvrir la culture rasta, Bob Marley. Des causeries et autres spéctacles ont été organisés, du côté de Yaoundé par le rasta Boudjeka Kamto dans sa structure, le Laak’am. Un peu plus loin au cabaret Youpè Sawa, c’est l’association mémoires d’Afrique qui a, tout au long de la journée, investit les lieux à travers des expositions de peintures sur le rasta et des spectacles de jeunes musiciens.
Le tout était alors accompagné de quelques refléxions et évocations de la vie de l’artiste décédé. Du côté de Douala, cette célébration est venue ouvrir, parmi les membres de la communauté rasta, une blessure qui peinait pourtant à cicatriser : l’assassinat de l’artiste Abel Ngosso. "On ne peut pas enterrer Abel ainsi. Il avait atteint le neuvième temple dans la colonne du Lion et les rites mortuaires qui doivent accompagner son inhumation doivent être faits par des rastas", essayait d’expliquer, Ras Ri un adepte du Négus et compagnon de Paul Reinhold Ngosso de son nom d’artiste Abel qui fut assassiné le 31mars 2004 à Douala. Lors de la réunion préparatoire des obsèques qui avaient eu lieu le 6 avril 2004 au domicile familial à Ngodi-Akwa, les représentants du mouvement rasta n’avaient pu convaincre la famille du disparu de la pertinence des rites mortuaires liés à cette idéologie. Car Abel Ngosso avait été enterré comme un chrétien catholique au cimetière de Ngodi-Akwa à Douala après une rapide escale dans le village rasta, situé juste en contre-bas. C’est pourtant bien dans ledit village que le défunt a vécu jusqu’à la fatidique nuit du 30 mars 2004.
"La famille génétique de Paul n’a pas voulu que nous lui fassions des rites mortuaires Rasta. Nous ne voyions donc plus d’intérêt à prendre part aux veillées de l’un des nôtres dans un environnement où tout nous rejette. Pourquoi récupérer le corps de celui qu’ils ont longtemps renié parce qu’il avait choisi un mode de vie qu’ils ne comprenaient pas et ne toléraient pas. Mais nous savons que Babylone (incarnation du mal), est partout. Ce n’est pas grave parce que nous sommes habitués à la persécution et à l’incompréhension", confie Lionel Ebanga, l’un des "frères religieux" de Abel Ngosso.
Dans la famille de l’artiste décédé, comme pour la plupart des parents de ceux qui ont accepté de devenir adeptes du mouvement rasta, les inquiétudes sont plus profondes : "La vie de mon frère a basculé quand il a rencontré Bob Marley en 1981 et qu’il lui a dit qu’il voyait en lui un libérateur. Electronicien de profession et exerçant à Paris, il a tout quitté du jour au lendemain. Nous ne l’avions pas condamné, c’était la douleur de voir un être cher qu’on connaît bien, se métamorphoser. Bien qu’ils nous traitaient de Babyloniens, nous ne lui reprochions que, c’est d’avoir choisi une religion qui le rendait dépendant financièrement et spirituellement. Avant, Paul pouvait tout s’acheter, mais lorsque l’aîné de la famille qu’il était est devenu rasta, même pour se nourrir, il fallait quemander", confie aujourd’hui avec beaucoup d’émotion Félix Ngosso, qui attend toujours l’ouverture du procès qui pourra enfin établir les responsabilités des uns et des autres dans ce qui est aujourd’hui appelé "l’affaire Abel Ngosso".
Prophétie Le Rastafarisme est avant tout, une religion qui se caractérise par ses nombreux emprunts au christianisme. A ces emprunts, sont ajoutés une mise en valeur de l’Afrique et particulièrement de l’Ethiopie, considérée comme "la terre promise" et donc le lieu de rapatriement de tous les rastafaris. "C’est un culte messianique dont le centre est l’empereur d’Ethiopie, Haïlé Sélassié la dernière réincarnation de Dieu sur terre, d’où son nom Négus, roi des rois. Le prophète principal est le Jamaïcain Marcus Garvey, dont le second prénom est Mosiah, qui fait référence à Moïse, le prophète et libérateur hébreu", confie Lionel Ebanga.
Le déclencheur de l’érection de l’Ethiopie en "Terre promise" est l’homme politique d’origine jamaïcaine Marcus Garvey créateur de l’Universal Negro Improvment Association (Unia) qui, dans un discours prononcé en 1919 avant son départ pour les Etats-Unis où il est allé prophétiser l’ascension au trône de Haïlé Sélassié, en évoquant le psaume 68.
Les thèses du prophète sur l’affirmation des Noirs par la revendication, la vénération de l’Ethiopie, sont intégrées à l’idéologie rastafari comme de saints commandements.
Rasta Baba, chanteur de reggae et compagnon de Ras Ri qui essayent de reconstituer le village rasta à Douala après le décès d’Abel, ajoute que "le mode de vie rastafari se veut respectueux des principes définis par la Bible. La majorité des rastafaris portent des nattes appelées dreadlocks et une barbe. Dans la bible il est dit dans Lévitique 21 : 1 les prêtres ne doivent pas se faire tonsure, ni raser la barbe sur les côtés, ni se faire entailles sur les corps. En dehors d’être végétarien car, toute créature de Jah qui a le sang mérite adoration et respect, nous voulons un culte à l’Herbe".
La sacralisation de l’Herbe est un point important dans l’idéologie rastafari. D’après eux, l’utilisation quotidienne du "Gandja" (chanvre indien) qui est utilisée, même pour de simples repas, tire son origine dans la Genèse 3 "Tu mangeras l’herbe du pâturage" et dans le psaume 18 : "Les feuilles de l’arbre de la vie servent à la guérison de l’esprit et des nations". Les fans de Bob Marley connaissent bien la fameuse phrase "No gandja, no music".
Elodie Dikoumé qui habite non loin de ce qui fut le village rasta se souvient de "l’épais nuage de fumée à la forte odeur de "banga" qui se dégageait régulièrement au dessus de la maison, qu’occupait les rastafaris avant leur début de prière. Nous étions, chaque fois indisposés par cette forte odeur. Il paraît que c’est ce qui accroît la poussée des cheveux".










