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Aperçu de la situation dans les différentes régions

Afrique
Alors que le cannabis demeure une préoccupation majeure dans toute l’Afrique, le trafic et l’abus de cocaïne, d’héroïne et de stimulants de type amphétamine sont en hausse dans de nombreux pays de la région.
La consommation de drogues par injection, qui se répand dans un certain nombre de pays africains, risque d’exacerber le grave problème que connaît le continent en matière d’infection par le VIH/sida.
L’abus de substances psychotropes détournées des circuits de distribution licites est facilité par l’absence de mesures de contrôle appropriées dans la plupart des pays africains. La faiblesse des moyens techniques et institutionnels dont disposent les pays africains pour lutter efficacement et de façon globale contre les problèmes de drogues a eu un effet négatif sur les stratégies nationales de contrôle des drogues.
La plupart des pays d’Afrique ne disposent pas d’un cadre législatif adapté, pas plus que des mécanismes administratifs nécessaires au contrôle des produits chimiques précurseurs. Cette situation peut poser de graves problèmes pour la surveillance internationale du commerce de ces produits.
Dans de nombreux pays africains qui sortent d’un conflit ou de troubles civils, l’abus de drogues continue, en particulier chez les enfants soldats.

Amériques
La région de l’Amérique du Nord, prise collectivement, est le plus important marché de drogues illicites du monde. Le trafic et la fabrication illicite de drogues à grande échelle sont également sources de graves préoccupations, et l’abus ou l’usage impropre de médicaments vendus sur ordonnance semble prendre de l’ampleur. En même temps, les pays de la région consacrent des ressources importantes à la lutte antidrogue, tant sur leur propre territoire qu’au-delà de leurs frontières.
La première enquête nationale sur l’abus de drogues depuis 1994 a été lancée au Canada en décembre 2003. Cette enquête représente la première étape d’une démarche ayant pour objectif de fournir des données complètes sur les tendances actuelles, conformément à la recommandation de l’Organe.
Grâce aux efforts fournis dans le domaine de la détection et de la répression, et notamment aux opérations effectuées conjointement par les États-Unis et d’autres pays, huit organisations internationales de trafiquants de drogues de grande envergure ont été démantelées durant l’année passée et l’action de sept autres a été partiellement neutralisée.
Bien que les données officielles récentes montrent qu’aux États-Unis l’abus de drogues parmi la population en général est stable depuis 2002, il a été enregistré chez les élèves du secondaire une diminution sensible, la première d’une telle ampleur depuis plus d’une décennie. Il semble que les jeunes prennent davantage conscience des risques que représente l’abus des drogues, et du cannabis en particulier. Cette évolution pourrait être attribuée en partie à l’efficacité des campagnes lancées dans les médias.
L’Organe est préoccupé par certaines informations récentes selon lesquelles des organisations de trafiquants commenceraient à changer de méthodes au Mexique, éventuellement dans l’idée de faire de ce pays un nouveau marché.
L’Amérique centrale et les Caraïbes continuent d’être touchées par un trafic et un abus de cocaïne à grande échelle. De graves problèmes d’abus de drogues sont apparus dans certains pays de la région.
En Amérique centrale, beaucoup de gangs de jeunes se livrent à des actes de violence et au trafic de drogues. Lors d’un sommet qui s’est tenu en mars 2004, les chefs de gouvernement des pays concernés sont convenus d’unir leurs efforts pour lutter contre ces gangs.
Quatre-vingt-dix pour cent de la cocaïne fabriquée en Amérique du Sud - soit 590 des 655 tonnes fabriquées au total en 2003 selon les estimations - est acheminée par voie maritime, principalement à travers les Caraïbes. L’abus de cocaïne semble augmenter en Amérique centrale et dans les Caraïbes.
Le niveau de l’abus d’héroïne en Amérique centrale et dans les Caraïbes est relativement bas, mais la situation est en train de changer à cause de l’augmentation du trafic dans toute la région.
La proportion de femmes qui abusent des drogues en Amérique centrale et aux Caraïbes est en hausse.
Le contrôle des drogues en Amérique du Sud reste un important problème politique, non seulement pour la région, mais aussi pour le reste du monde. Les autorités de plusieurs pays de la région ont fait des progrès considérables dans la lutte contre les réseaux de trafiquants de drogues, ce dont témoigne, notamment, l’augmentation des saisies.
Le trafic de drogues, ainsi que le blanchiment d’argent et la corruption qui y sont associés, continue de menacer la stabilité dans la région. Comme dans le passé récent, des trafiquants ont tenté d’intimider les procureurs généraux, ce qui met en évidence, encore une fois, les liens étroits qui existent entre le trafic de drogues et la criminalité organisée.
Les affrontements directs entre les cultivateurs de coca et le Gouvernement bolivien, qui a pris des mesures pour réduire ces cultures, n’ont pas cessé. Au Pérou, ces affrontements sont de plus en plus fréquents et de plus en plus violents. La culture du cocaïer étant souvent concentrée dans les régions déshéritées, l’Organe est convaincu qu’il importe au plus haut point de prendre des mesures susceptibles d’atténuer la pauvreté pour parvenir à réduire durablement, en Amérique du Sud, la production de feuille de coca et d’autres plantes servant à fabriquer des stupéfiants.

Asie
En Asie du Sud-Est, la production illicite d’opium a continué à diminuer. En 2004, la culture illicite du pavot à opium a considérablement baissé au Myanmar et en République démocratique populaire lao. Le rendement moyen de la production illicite d’opium a également baissé. La Thaïlande n’est plus une source importante d’opium et d’héroïne illicites.
La fabrication illicite, le trafic et l’abus de stimulants de type amphétamine, en particulier de méthamphétamine, demeurent des sujets de vive préoccupation en Asie de l’Est et du Sud-Est.
Dans plusieurs pays d’Asie de l’Est et du Sud-Est (Cambodge, Chine, Myanmar, Thaïlande et Viet Nam), l’abus d’opiacés n’est plus celui d’opium mais celui d’héroïne. L’héroïne est aussi la principale drogue de prédilection des toxicomanes par injection, ce qui suscite des inquiétudes quant à la propagation du VIH/sida dans de nombreux pays de la région. En Chine et au Viet Nam, c’est parmi les toxicomanes par injection qui partagent les seringues que l’on continue à observer le plus de nouveaux cas d’infection par le VIH/sida. L’infection à VIH associée à l’usage de drogues par injection progresse du fait du passage de l’abus d’opium à celui d’héroïne en Inde et au Népal.
L’Asie compte plus des deux tiers des usagers habituels d’amphétamines dans le monde, dont environ 95% se trouvent en Asie de l’Est et du Sud-Est.
En Asie du Sud, l’offre et l’abus de drogues sont toujours en hausse en raison de la proximité avec les principales régions productrices d’opiacés que sont le Croissant d’Or et le Triangle d’Or, de l’augmentation de la culture locale du cannabis et de l’accroissement des détournements de produits pharmaceutiques.
La production d’opium en Afghanistan et ses incidences sur la paix et la sécurité demeurent les éléments saillants de la situation en matière de drogues en Asie occidentale. En Afghanistan, la production illicite de drogues et les activités qui y sont liées ont pris en 2004 plus d’ampleur que jamais et menacent la stabilité du pays. Ces dernières années, l’abus de drogues a également augmenté dans ce pays, où l’on a aussi noté que de plus en plus d’héroïnomanes s’injectaient la drogue.
La culture illicite du pavot à opium a réapparu au Pakistan en 2003 et s’est poursuivie en 2004. En Asie centrale, le trafic et l’abus d’opiacés provenant d’Afghanistan, ainsi que le mouvement illicite d’anhydride acétique, produit chimique utilisé dans la fabrication d’héroïne, restent préoccupants. On estime qu’un tiers de l’opium récolté en Afghanistan en 2004 est passé par les pays de la région, notamment le Kazakhstan et le Tadjikistan.
D’importantes quantités d’héroïne afghane étant acheminées par l’Asie centrale (vers la Fédération de Russie et d’autres pays européens), les problèmes liés aux drogues illicites s’aggravent dans la sous-région.
En Asie centrale, le nombre de personnes infectées par le VIH/sida a continué à croître, tendance qu’alimente l’usage de drogues par injection. Alors que 10% environ des cas de contamination par le VIH/sida dans le monde sont dus à l’injection de drogues, ce mode de transmission représente entre 60 et 90% des nouveaux cas de VIH/sida en Asie centrale.
Les pays de la péninsule arabique servent de plus en plus souvent au transit de l’héroïne et du cannabis à destination de l’Europe, tandis que des précurseurs sont passés en contrebande dans le sens inverse. L’abus d’opiacés, en particulier d’héroïne, est en augmentation, de même que l’abus déjà très répandu de drogues de synthèse.
La situation en matière de drogues pourrait se détériorer davantage en Iraq du fait de la désintégration de la structure qui y était chargée du contrôle des drogues et compte tenu de l’emplacement géographique et de l’instabilité politique et économique actuelle de ce pays. Les relations complexes entre terrorisme, criminalité organisée, corruption et trafic de drogues constituent une menace grave, qui fait craindre une dégradation de la situation dans son ensemble.

Europe
Le cannabis est la drogue illicite la plus consommée en Europe (comme d’ailleurs dans toutes les autres régions). On estime que, dans cette région, elle a été consommée ces 12 derniers mois par 28,8 millions de personnes, soit 5,3 % de la population totale. L’abus de cannabis a encore augmenté en 2003 et en 2004 en Europe orientale, où cette drogue est consommée par 3,6% de la population adulte, soit quelque 8,4 millions de personnes.
Depuis 10 ans, l’abus de cannabis accuse une tendance à la hausse dans la quasi-totalité des pays d’Europe. Le débat public sur l’usage de cannabis est toutefois dominé plus par les prétendus bienfaits éventuels du cannabis que par les risques liés à son usage. La tendance à la hausse de la consommation de cannabis semble liée aux efforts que d’aucuns font pour accréditer l’idée que celle-ci est sans danger.
En Europe, l’abus de cocaïne est en progression depuis 1998, mais tend à se stabiliser. En Europe orientale, l’abus de cocaïne se situe à un niveau encore très inférieur à celui enregistré en Europe occidentale. Selon certaines estimations, plus de 200 tonnes de cocaïne entrent chaque année clandestinement en Europe en passant principalement par la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas et le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.
Après trois années de récoltes exceptionnelles de pavot à opium en Afghanistan, le trafic d’héroïne a connu une certaine reprise en Europe. Alors que l’abus d’héroïne est stationnaire ou en baisse dans la plupart des pays d’Europe occidentale, il continue de progresser dans les pays d’Europe orientale et dans les États membres de la Communauté d’États indépendants (CEI). Selon les estimations officielles, il y aurait plus d’un million d’héroïnomanes dans la Fédération de Russie, qui est devenue le plus gros marché européen d’héroïne. C’est par les itinéraires nord et sud de la route des Balkans qu’est acheminée jusqu’à 80% de l’héroïne distribuée en Europe.
L’utilisation, par les consommateurs de drogues, de matériel d’injection contaminé continue à contribuer à la progression du VIH/sida ; les États baltes et les États membres de la CEI enregistrent le plus fort taux de croissance d’infection par le VIH chez les consommateurs de drogues par injection. Dans ces États, entre 80 % et 90 % des nouveaux cas de VIH sont dus à la consommation de drogues par injection.
L’abus d’amphétamines et de MDMA (ecstasy) semble s’être stabilisé en Europe occidentale, mais l’Europe orientale occupe une place de plus en plus importante en termes de fabrication et aussi d’abus de ces substances, qui deviennent rapidement des drogues de prédilection populaires.
Dans nombre d’États qui ont adhéré à l’Union européenne en 2004, le contrôle des produits chimiques utilisés dans la fabrication illicite de drogues était plus strict que celui prévu dans la réglementation de la Commission européenne. L’Organe s’inquiète que l’élargissement de l’Union européenne risque de se traduire par un relâchement du contrôle actuel des importations ou exportations à l’échelle européenne.
Malgré plusieurs demandes adressées au Gouvernement albanais, l’Organe n’a reçu de ce dernier aucun renseignement concernant la suite donnée à ses recommandations. L’Organe reste préoccupé par les informations faisant régulièrement état des graves problèmes liés au contrôle des drogues dans ce pays, y compris du manque d’attention pour le trafic de drogues à grande échelle à destination d’autres pays.

Océanie
En Australie, l’abus d’héroïne est tombé à un niveau inférieur à celui enregistré avant la pénurie d’héroïne au début de 2001. La plus grande partie (90%) de l’héroïne consommée en Australie provenait d’Asie du Sud-Est. La réduction de l’offre d’héroïne en Australie a poussé les usagers de cette substance à se tourner vers d’autres drogues.
La fabrication illicite et l’abus de stimulants de type amphétamine ont très fortement progressé en Australie et en Nouvelle-Zélande. La plupart des États insulaires du Pacifique restent vulnérables au trafic de transit et à l’abus de stimulants de type amphétamine.

Le rapport complet
Article modifié le mardi 8 mars 2005 15:46, Date de parution vendredi 4 mars 2005 19:09

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