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Assemblée Générale d’ENCOD : une coalition indispensable à une réforme de la politique des drogues

ENCOD, la coalition de plus de 100 ONG et OSC européennes, dont Chanvre-Info, Droleg, la CSC et Pro-Jugenschutz, a tenu son AG fin juin 05 à Berlin. Environ 35 représentants de 13 pays ont échangé leurs expériences et planifier leurs actions au niveau international. Ces séances plénières et les multiples rencontres informelles sont indispensables pour harmoniser les priorités d’organisations très différentes. Toutes sont convaincues de la nécessité d’un lobbying européen mais on est encore loin d’un bloc puissant et coordonné à même de faire tomber le mur de la prohibition.

Les débats ont principalement porté sur les possibilités de financer et d’animer un bureau permanent en Belgique, un site Internet et une liste de discussion optimisés, une nouvelle campagne pour le droit de cultiver, de posséder et d’utiliser toutes les plantes, le soutien actif au rapport Catania qui vient d’être enterré par la Commission Européenne, l’organisation d’un événement en parallèle à la conférence du 18 novembre 2005 sur la réglementation du cannabis dans l’Eurorégion de la Meuse, une grande campagne 2006/2008 pour la révision des conventions internationales, une manif monstre à Vienne durant la cession extraordinaire de l’ONU sur les drogues en 2008 et d’autres propositions toutes aussi excellentes.

Le travail ne manque pas, les idées non plus mais l’argent fait cruellement défaut pour réaliser ces projets ambitieux. Le financement d’ENCOD par le business du cannabis, les appels aux riches fondations américaines ou européennes, à de généreux mécènes privés, la chasse au budget pour des études de terrain, la recherche de nouveaux adhérents, la possibilité de déduire les donations des impôts et l’organisation d’évènements constituent l’essentiel des actions de financement adoptées par l’AG. Malgré l’euphorie qui a accompagné l’adoption d’un budget prévisionnel « à la louche », il n’est pas certain que ces solutions suffisent à boucler les comptes. Peu d’organisations membres semblent capables de donner d’avantage, les financements officiels sont très hasardeux et long à obtenir. Le grand public n’est pas impliqué et ne connaît pas ENCOD.

La situation est à la fois simple et dramatique. ENCOD doit trouver immédiatement 20.000 € pour assurer les affaires courantes, 50.000 € pour passer l’année et au moins 200.000 € pour organiser une vraie campagne pour la révision des conventions internationales. Cela ne fait que 4000 européens qui investissent 50 € pour arrêter la guerre à la drogue ou bien 400 mécènes à 500 € ou encore une goutte d’eau dans les budgets nationaux et européens. Et pourtant ENCOD n’a pas 10.000 € en caisse. Comment expliquer qu’une organisation à priori indispensable soit au bord de la faillite ?

D’une part, ENCOD a considérablement évolué dans le temps. D’un groupe d’experts et d’individualités peu représentatives des grandes organisations nationales, on passe aujourd’hui à la seule OSC d’envergure européenne des partisans de la réforme sur les drogues. La structure, les méthodes de travail et la productivité n’ont pas suivi cette évolution.

D’autre part, la composition très hétéroclite de la coalition ne favorise pas la conduite de l’attelage, le sujet trop sensible et le positionnement réformiste entrave le financement, la tradition unanimiste propre à toutes les organisations alternatives amène au consensus mou. ENCOD doit grandir, produire plus de documents, de concepts, d’évènements, devenir incontournable. Cette mutation bouleversera sans doute les habitudes des fidèles de la première heure. Elle constitue la condition impérative pour fédérer toutes les forces anti-prohibitionniste et enfin assurer la pérennité de notre lobby européen.

Les chercheurs, les soignants et les intellectuels n’ont pas la même vision que les associations de réduction des risques, les groupes d’injecteurs/substitués, les professionnels du chanvre ou les associations de parents d’usagers. Cette diversité est une grande richesse mais elle ralentit les prises de décision et les choix dans les grandes orientations. Elle peut freiner l’implication de certains membres et refroidir d’éventuels sponsors ou membres potentiels.

Pour clarifier ces positions et peser davantage sur le débat, ENCOD devra rapidement publier une stratégie d’actions et de propositions et exploiter toutes les ressources de son réseau. Il faut surtout mieux médiatiser ces travaux passés, présent et futur. Cette coalition n’a pour l’instant qu’une notoriété confidentielle, elle doit attirer l’attention du grand public pour gagner en crédibilité, en représentativité et en potentiel financier. Il faut provoquer le débat par tout moyen.

Depuis quelques mois, l’essentiel des efforts et des discussions porte sur la survie de la structure permanente. En d’autres termes, comment assurer la subsistance des trois membres permanents du comité directeur, assumer les frais généraux et assurer le lobbying, Internet et les campagnes médiatiques, l’organisation interne et la représentation, la recherche et le networking, le merchandising et la communication ? Ces efforts produisent peu d’effet et occupe beaucoup de temps et d’énergie au détriment du travail militant, informatif et intellectuel.

D’autres solutions peuvent être envisagées. Comme de faire appel à un cabinet spécialisé dans la levée de fonds pour les ONG, il prélève un pourcentage mais offre un bon carnet d’adresses et une structure pro. Délocaliser des taches chez les membres disposant de salariés, de temps, de matériel ou de bons prix. Créer des groupes autonomes avec un mandat précis comme organiser un festival de musique, de documentaires, du merchandising, des expos, des démos, des points info, regrouper nos banques de données pour offrir une vraie bibliothèque anti-prohibitionniste multilingue ...

Ces propositions restent valables en cas de dissolution temporaire de la structure permanente, faute de financement à court terme. Il faut des années pour parvenir dans les arcannes de l’administration européenne, le travail des pionniers est donc inestimable. Il faut maintenant élargir le cercle des activistes et des activités. Nous devons à tout prix sauver cette lueur d’espoir dans une réforme réaliste et humaniste. Nos ennemis sont riches et puissants, ne leur faisons pas cadeau d’un marteau dont nous disposons pour briser le mur. Berlin est un symbole qui doit nous galvaniser, pas marquer la fin d’une belle utopie.

Laurent Appel

Article modifié le mardi 28 mars 2006 16:38, Date de parution lundi 25 juillet 2005 17:22

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