Aucune drogue dans le trafic routier
L’armée a un problème avec le chanvre. Les soldats le consomment, malgré son interdiction par les supérieurs. Alors on essaie la démarche didactique, comme avec cette histoire d’horreur "patriotiquement correcte".
Décriminaliser ou sévir ? Les discussions sur les bases juridiques de la consommation de drogues n’en finissent plus. Certains cercles continuent à proclamer haut et fort l’innocuité du cannabis (drogues douces). Au vu de la misère qu’engendre la drogue et compte tenu notamment de l’augmentation des accidents qu’elle induit, le parti pris de la libéralisation paraît cynique. Les conséquences de la consommation de haschisch sont sous-estimées, alors qu’elles peuvent être brutales voire mortelles dans la circulation routière.
Un accident parmi d’autres
Par un beau dimanche soir de l’automne 1996, le caporal Marc Junod* (noms modifiés) traverse au volant le village de P. Sa vitesse à l’entrée du village est d’environ 60 km/h. Son congé terminé, il regagne sa caserne. Sa compagne Sandra T.* a pris place à côté de lui.
Au coeur du village, malgré la rectitude de la route et l’absence de tout obstacle à la visibilité, Junod ne prend pas garde à un véhicule venant de sa droite, avec pour conséquence une collision latérale. Le conducteur de l’autre véhicule est grièvement blessé et les pompiers devront le désincarcérer. Quant à la jeune Sandra, qui ne portait pas sa ceinture, elle est projetée contre le pare-brise et subit de graves blessures à la tête ; par la suite on craindra même pour elle des dommages permanents. Les dégâts matériels se chiffrent à 35’000 francs.
La cause de l’accident
L’alcootest pratiqué sur Junod donne un résultat négatif. Pourtant, pendant l’enquête qui s’ensuit, il avoue avoir fumé du haschisch le soir même de l’accident, qu’il ne peut absolument pas s’expliquer puisqu’il se souvient avoir vu l’autre voiture et avoir freiné.
Néanmoins, le haschisch avait tellement émoussé ses réflexes qu’il a complètement mésestimé la situation et freiné beaucoup trop tard. La reconstitution a démontré clairement par la suite qu’il aurait parfaitement pu éviter l’accident s’il avait joui de toutes ses facultés.
Le cannabis
Cannabis est le nom botanique du chanvre, une appellation générique qui englobe les trois formes commercialisées de la drogue de chanvre : la marijuana (la plante), le haschisch (la résine) et l’huile de haschisch (l’essence). Ces produits contiennent tous trois la substance THC (9-delta-tetrahydro-cannabinol) en diverses concentrations. Les produits dérivés du cannabis sont la plupart du temps mélangés au tabac pour être fumés. Plus rarement, le haschisch et la marijuana peuvent être mangés ou bus (infusion). En une fois, le consommateur fume entre un dixième de gramme et un gramme de cannabis, ou en mange entre un gramme et cinq.
Perpétuellement sous pression
Les drogues dérivées du chanvre sont similaires à des hallucinogènes. Leurs effets peuvent différer en fonction de la personnalité du consommateur, de sa constitution psychique, du type d’absorption et de la teneur en THC des produits. Ils peuvent même différer considérablement d’une fois à l’autre sur une même personne, selon les circonstances. Ils sont donc totalement incalculables et imprévisibles.
Au cours d’un "trip", nombre d’effets secondaires consécutifs peuvent se produire, par exemple une suraffirmation de l’ego (témérité accrue), un amoindrissement de la faculté de concentration, une perception visuelle ou acoustique perturbée ou déformée (mésestimation des distances et des vitesses), un ralentissement des mouvements et des réflexes ou même une entrave à la mobilité.
La substance psychoactive, le THC, a une longévité biologique de 8 jours environ, ce qui signifie que le consommateur "du dimanche" se trouve chroniquement sous son influence. Autrement dit, il est perpétuellement sous pression. La comparaison éculée du haschisch qui ne serait pas plus nocif que la cigarette ne tient pas la route. D’abord parce que fumer du haschisch fait inhaler 50% de plus de goudron et autres substances cancérigènes que la cigarette, et ensuite parce que la cigarette ne contient aucun agent hallucinogène.
L’impact sur la médecine routière
Les handicaps qu’induit le cannabis dans la perception des choses et dans la psychomotricité de ses adeptes sont incompatibles avec la sécurité que requiert la conduite d’un véhicule. L’affectation des performances se fait sentir tout spécialement dans le domaine de la coordination des mouvements et des idées. Le temps de réaction s’effrite considérablement, retardant de manière inacceptable l’échéance des mesures de prévention disponibles.
Par ailleurs, le cannabis influe de façon néfaste sur les facultés de perception et de concentration. C’est dans les situations de stress et en phase d’afflux des informations qu’on remarque le mieux l’allongement du temps de réaction et la recrudescence des réflexes erronés, sans parler du laminage des automatismes.
Le "voyage" qu’offre le cannabis et son impact sur la médecine routière démontrent clairement qu’en consommer - comme pour l’alcool - a des effets pervers sur l’aptitude des individus à conduire.
La législation
Aux termes de la Loi fédérale sur les stupéfiants, il est interdit de cultiver le cannabis aux fins de consommation, ou d’en faire le commerce. Le Code pénal militaire l’interdit de même pendant le service militaire. C’est une chose que les délits ne soient pas réprimés, ou qu’ils ne le soient que très modérément. C’en est une autre qu’un accident se produise par la faute d’un drogué ou, pire encore, que des chefs laissent leurs subordonnés consommer des drogues illégales. Pourquoi ?
L’article 31 (1er al.) de la Loi sur la circulation routière (LCR) et l’article 2 (1er al.) de l’Ordonnance sur les règles de la circulation routière (OCR) stipulent clairement que seul peut conduire celui qui en est capable. C’est le coeur du problème. En ce qui le concerne, le drogué s’en sent parfaitement capable... jusqu’au moment où il doit réagir et ne le peut tout simplement pas. A l’opposé, la législation civile manque des bases qui lui permettrait de constater la consommation de drogue, ce qui est possible à l’armée de façon restreinte. Reste que doit être prouvé par le plaignant le rapport de cause (drogue) à effet (accident), ce qui reste une tâche ardue.
Aideriez-vous un ivrogne à s’installer au volant ?
Malgré la tolérance (ou le laxisme !) dont bénéficient les consommateurs de cannabis - malheureusement même à l’armée - il faut se demander si les délinquants appelés à conduire des véhicules et des engins, ou à manipuler des armes, ne devraient pas être punis plus sévèrement. Nombre d’accidents de la route sont imputés ou présumés imputables à la consommation de drogues. Il manque la plupart du temps à ces cas une preuve tangible, qui n’est souvent même pas recherchée. L’excès de vitesse et la perte de maîtrise du véhicule sont les "explications" lapidaires figurant le plus souvent dans les procès-verbaux, et personne ne semble se soucier de la "cause" réelle de ces événements.
La prophylaxie la plus efficace se fonde sur le refus de la drogue en tant que mode sociale ou mondaine, et sur le mépris des drogues (et non des drogués) en général.
Ce qu’une décriminalisation apporterait, l’alcool nous en montre l’exemple : malgré la limitation en pour mille de l’alcoolémie autorisée, bien trop de gens meurent encore sur la route des méfaits de l’alcool, dont on pense qu’il est impliqué dans quelque 80% de tous les accidents routiers graves.
Il ne viendrait à l’idée de personne d’aider un ivrogne à s’installer au volant. Et un drogué ? Le facteur de risque n’est pas vraiment moindre. La prochaine fois que vous serez passager d’un véhicule, observez bien son conducteur ... et pensez à ce qui pourrait survenir si jamais ...
Commission militaire pour la prévention des accidents
Donc le caporal "Junod" roule pour reprendre son service, cela avec sa copine sur le siège à côté. Il ne va plus la voir pendant une semaine. Il a fumé ce soir ci. C’est ce qu’il avoue lui-même. Apparamment il n’y a pas d’analyse qui confirme cela. Alors, la copine n’avait pas attaché sa ceinture, parce qu’apparamment elle fit quelque chose qu’elle n’aurait pas pû faire avec la ceinture ce qui totalement compréhensible si on ne voit plus son amant pendant toute une semaine. Mais cela serait une explication pour cet accident qui serait encore plus critique que la version standard cité qui est elle-même tellement pratique pour l’armée. (kleo)









