Ces dépendances qui nous gouvernent
Le docteur William Lowenstein dirige le centre Montevideo, une clinique privée de la fondation Rothschild spécialisée dans les soins aux usagers de drogues. Il vient de publier Ces dépendances qui nous gouvernent, comment s’en libérer ? chez Calmann-Lévy. Il plaide depuis longtemps pour une approche individuelle médicalisée de la toxicomanie. Bien loin de la guerre à la drogue et de l’obligation d’abstinence, William Lowenstein travaille sur les cerveaux malades d’individus hypersensibles. Une approche de professionnel, sans moralisme ni compromission.
D’après cet expert, « Il n’existe ni gène responsable à lui seul de l’addiction, ni traumatisme causal unique, ni culture ou parent coupables. Tous ces paramètres peuvent entrer en jeu pour déclencher la dépendance. Parfois, ils n’apparaissent pas. Après plus de vingt ans de pratique clinique, la seule certitude que je possède se résume à cette simple constatation : les addictions concernent avant tout des personnes hypersensibles. »
Ce spécialiste cherche à identifier les multiples facteurs causals de l’addiction et à amener au travail sur soi et son environnement. Rien à voir avec la psychologie des flics, des juges ou des matons, les usagers ne sont pas des criminels mais des humains, parfois en grande détresse, souvent des citoyens comme les autres. D’ailleurs, l’addiction ne concerne pas que les drogues illégales, les mêmes schémas s’appliquent aux médicaments, à l’alcool ou au tabac mais aussi aux sports extrêmes, au jeux, au sexe, à la nourriture, aux achats compulsifs... L’interdit et la répression ne servent à rien. Il faut faciliter le dépistage des comportements abusifs et des pratiques à risques, offrir une large palette d’information et d’assistance, ne pas stigmatiser le malade et ses proches, fixer des objectifs réalistes sans pression excessive, poursuivre la recherche médicale et sociale sans parti pris ni tabou.
William Lowenstein n’est pas un activiste antiprohibitionniste, son expertise est très proche de la politique des quatre « super » piliers proposé par la Commission d’enquête fédérale sur les questions de drogues. Il faut donner davantage la parole aux réformistes pragmatiques, leur avis doit couvrir les aboiements des chiens de garde de l’ordre moral hygiéniste. La Liberté consacre un long article à la parution de cet ouvrage. A lire et à faire tourner.
Laurent Appel
« Accros » pour une raison indépendante de notre volonté
Dans son livre, « Ces dépendances qui nous gouvernent », William Lowenstein plaide la cause de tous les « accros », ces hypersensibles.
Jean Ammann La liberté jeudi 25/08/05
Isabelle prenait du Sibutral pour ne pas avoir faim, du Mododial pour augmenter ses performances professionnelles, du Tranxène pour rester calme, de l’Isoméride pour vaincre le stress, du Valium pour prendre l’avion, de l’Olmifon pour les soirées qui s’éternisent et du Stilnox pour s’endormir. Un homme avait calculé qu’au cours de sa vie, il avait bu 50 000 litres d’alcool, soit 50 mètres cubes. François fumait vingt joints de cannabis par jour. Oscar ne mange plus, ne dort plus, il joue : il joue jusqu’à 35 heures d’affilée derrière son ordinateur. Bruno, un informaticien, a perdu plusieurs emplois parce qu’il a besoin de rapports sexuels pluriquotidiens...
Médicaments, alcool, cannabis, jeu vidéo, sexe, mais aussi tabac, travail, héroïne, cocaïne, sport... Voici quelques-unes des dépendances qui menacent l’homme ou qui l’accompagnent. Dans son livre « Ces dépendances qui nous gouvernent », le docteur William Lowenstein dresse le panorama de toutes ces conduites addictives.










