Chanvre et jeunesse : De la haine de la police au savoir-vivre
L’actualité chanvrière récente est malheureusement placée sous le signe de la répression et de la dégradation des relations entre les consommateurs récréatifs et certaines parties de la société civile, notamment les média, les professeurs, les usagers et le personnel des transports en commun... A cause de la chasse à la boulette, chaque rencontre entre la police et la jeunesse devient tendue, l’omerta des maffias s’étend aux bandes de jeunes intégrés comme aux gangs de banlieues. A l’opposé, la bonne société est angoissée parce qu’elle voit trop de joints partout. Des politiciens, des experts, des industriels, des gourous en profitent pour faire leur beurre sur cette trouille parfois justifiée. Après des années de progrès constant, un dialogue de sourd recommence à s’installer sur fond de conflit générationnel, de crise sociale, de démagogie sécuritaire et de fanatisme religieux. Les deux parties doivent rapidement trouver un modus vivendi. Sinon, l’inquisition sur le pétard pourrait cristalliser bien d’autres frustrations sociales plus profondes et aboutir à une situation explosive. Apprenons plutôt à bien vivre avec le chanvre.
Contrôle social
En Suisse, les affaires de cannabis dénoncées sont en augmentation. Elles restent à un niveau élevé en France comme dans certains Lander allemands et progressent dans des pays où seule la consommation publique est interdite, comme en Espagne et en Italie. Les procédures visent très majoritairement les jeunes des couches les plus fragiles de la population alors que de nombreuses études établissent que la consommation est plus importante dans les populations aisées. Les jeunes ont les boules, la tension et le sentiment d’injustice montent, la violence juvénile aussi surtout face à la police. Dans nos sociétés vieillissantes, la jeunesse fait à nouveau peur, surtout si elle est pauvre, étrangère, décadrée ou insoumise. Elle ne dérange pas tant qu’elle reste parquée sous surveillance dans les cités ou planquée dans des zones autonomes temporaires, de plus en plus difficilement arrachées à la police des adultes. Sinon, une bonne part de la société réclame la mise au pas des jeunes, que des politiciens démagogues confie à la police, plus voyante que les pédagogues.
Supporter un monde injuste
Les plus vieux confisquent les richesses, le travail, le pouvoir et imposent leur mode de vie et de pensée. Alors que la planète est un charnier écologique, humanitaire et économique. Alors que les dangereux fanatiques qui occupent le devant de la scène ne donnent pas beaucoup d’espoir d’amélioration. Les jeunes sont plus sensibles, plus révoltés, ils subissent bien plus la pression de ce système ubuesque. Le joint est le dénominateur commun de tous ces groupes soumis à cette forme d’apartheid social. Le cannabis est souvent choisi pour s’offrir une récréation, pour se détendre, s’enivrer à moindre risque et supporter ce monde de brutes. La grande majorité des consommateurs ne subissent pas le cannabis, ils le chérissent. A tel point que les jeunes veulent essayer de plus en plus tôt et que beaucoup consomment n’importe comment. Plutôt que d’essayer la régulation et l’éducation, les gouvernements continuent de privilégier la bonne vieille répression. Ces jeunes déjà bien stigmatisés et fragilisés sont transformés en criminels, ils vivent dans la crainte de la police et de l’arbitraire d’une justice qui admoneste le fils de bourgeois pour une plaquette et amende et emprisonne le lascar pour une boulette.
Pas trop en faire
Cette crispation proviendrait aussi des réactions alarmistes et catastrophées d’une partie de la population qui prend enfin conscience du phénomène puisqu’il devient trop important pour être caché. Mais aussi parce que de nombreux consommateurs de cannabis s’affichent trop ouvertement dans des lieux et à des moments inopportuns comme les trains du matin, les rues commerçantes, les gares, les cours d’écoles, les stades... Enfin tous ces lieux où la tendance hygiéniste prohibe de plus en plus l’alcool et le tabac donc le cannabis aussi. Se servir du cannabis pour montrer sa rébellion face à la société ne rend pas service à une cause déjà difficile. Se cartonner la tête à la skunk dès l’aube renvoie aux témoins, même les consommateurs raisonnables, la même image que le poivrot qui ne peux pas commencer la journée sans sa gnôle. Notre société ne supporte plus les déviances publiques, les usagers des substances considérées à problèmes doivent en tenir compte et adapter leur comportement en société. De même que les usagers problématiques ne doivent pas ignorer les structures d’aides. Il n’y a pas de drogue douce ou dure mais des usages doux ou durs de substances actives comportant des risques plus ou moins graves. Objectivement, le cannabis est dans les moins dangereuses mais il reste très possible d’en faire un usage problématique.
Du bon usage du chanvre
Rouler un spliff à un concert reggae, dans une disco ou au clair de lune n’a jamais dérangé que la police et les peines à jouir. On peut bien comprendre le besoin de récréation après une dure journée de labeur mais il y a souvent de jeunes enfants dans les trains. Pour éviter le prosélytisme, les espaces fumeurs devraient être interdits au moins de seize ans non accompagné et l’alcool interdit en non-fumeur. En attendant, les usagers de chanvre ne doivent pas braver l’interdiction de fumer et s’abstenir en public, surtout en présence de mineurs de moins de seize ans. Oui, c’est pire pour le joint car il énerve dix fois plus qu’une clope ou une bière, c’est injuste mais la vie est injuste. Il serait impératif de ne pas faire tourner ou encore moins vendre à ces enfants, de ne pas rouler le joint au bec et attendre au moins deux heure avant de prendre le volant ou se risquer dans des activités dangereuses, de ne pas arriver explosé dans des environnements inappropriés comme le travail, le lycée, les repas de famille (enfin, surtout au début quand personne n’est cuit). Entre adultes, on peut pousser jusqu’à demander si cette odeur n’incommode pas ses voisins comme le font les fumeurs de cigare ou de pipe les plus courtois. En résumé, les consommateurs de cannabis doivent apprivoiser une société qui peine à les tolérer et faire plus de concession que pour d’autres drogues sociales. La liberté se paye en responsabilités.
Alcool, tabac, cannabis : même droit, même résultat
Ce laissez-aller démontre l’absence d’éducation sanitaire et sociale sur le bon usage du cannabis, conséquence logique de la promotion de l’abstinence totale et d’éradication de la consommation de cannabis avant 2008. Ceux qui ne croient pas à ces contes d’hommes politiques pour électeurs infantilisés plaident pour un contrât social sur le cannabis. Il rétablirait les droits des usagers et leur ferait devoir de protéger la jeunesse et de réduire les risques. Dans sa dernière brochure sur l‘état des lieux du cannabis en Suisse, l’ISPA insiste sur l’importance de retarder l’initiation à tout stupéfiant puis d’apprendre à gérer une consommation raisonnable. La baisse, spectaculaire sur un siècle, de la consommation d’alcool, le terrible assommoir qui ravageait le prolétariat, résulte de l’éducation sanitaire et familiale et des dispositifs d’assistance et de répression pour les abus. Le tabac n’est astreint à ce régime que depuis vingt ans mais les résultats semblent encore plus rapides. La prévention sur le cannabis deviendra efficace quand elle s’alignera sur la réglementation de ces substances à peine plus consommées dans certaines tranches d’ages. Il faut enfin trouver une ligne de conduite raisonnable et efficace pour l’ensemble des stupéfiants, légaux ou pas. D’énormes progrès ont été réalisés pour les opiacés, l’alcool et le tabac mais les psychostimulants comme le cannabis et les antidépresseurs restent des problèmes socio-sanitaires en augmentation, entre mésusage et abus grave, de détournement de prescription médicale en marché noir.
Rien n’est perdu
On ne peut pas espérer un comportement positif à long terme de la part de millions de citoyens persécutés. Par réflexe de défense par la provocation, les plus jeunes continueront à fumer du cannabis n’importe comment tant que notre politique ne sera pas crédible et applicable à tous. Et pas seulement les jeunes mais les vieux sont moins souvent repérés. L’expérience du temps bien flippant où le joint pouvait mener à l’asile et plus sûrement en taule. Un temps qu n’a pas empêché le développement de la consommation. Inutile de revenir en arrière, sauf pour ceux dont la peur est le fond de commerce. Ne cédons pas à la tentation sécuritaire, ouvrons un échange constructif et la jeunesse redeviendra plus sociable.











