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Consulter sans l’adolescent

Lorsque des parents appellent au secours le Service familles d’Argos, ils tiennent beaucoup à venir avec leur enfant. Et ce dernier ne demande qu’une chose qu’on le laisse en paix avec sa fumette. Pragmatique, l’équipe du service a mis en place un modèle qui ne requiert pas la présence de l’enfant (bien qu’elle soit souhaitée).
Le cannabis a un statut ambigu dans les représentations, observe Philip Nielsen, un des thérapeutes du service. Statut légal, dangerosité, niveau d’acceptations des uns et des autres. Tout cela suscite un vif débat et des opinions très divergentes au sein de la famille. "Raison pour laquelle le thérapeute la convie au complet à la consultation". Plus elle peut participer dans son ensemble, plus le travail a des chances d’être fructueux. Elle permet d’introduire une vision multiple de la situation, et de réduire le clivage entre les différentes positions. Mais pas de problème si un parent désire un entretien individuel préalable : "travailler avec toute la famille ne veut pas nécessairement dire tous ensemble et en même temps".
Dans la majorité des situations, les parents décrivent un enfant que se désocialise, échoue à l’école, se nourrit mal, s’isole et développe une agressivité verbale et/ou physique. Cette constellation de comportements inquiétants met en évidence une rupture de légitimité entre les parents et l’enfant. Les premiers ne détiennent plus d’autorité aux yeux de l’adolescent, ce que empêche par là même celui-ci de s’autonomiser de façon légitime.
Dès lors, l’objectif consiste à aider les parents à se réapproprier l’autorité. Un exemple : Mme B. appelle pour son fils unique de 16 ans qui a subitement décidé d’interrompre sa scolarité. Georges est à la maison, "travaille" jour et nuit sur la création d’une start-up informatique et fume du haschich sur la même étendue. A la suggestion de le faire venir, la mère rétorque que les parents ont perdu toute autorité et qu’ils n’arrivent même pas à le faire s’asseoir à table pour les repas. Après 17 mois de travail où l’on navigue entre le conflit parental, l’histoire de la famille, les attitudes contradictoires des parents, mais où la dynamique familiale évolue fortement, les parents se sentent assez forts pour relever le défi de faire respecter les règles. Et une semaine avant la première séance consacrée à l’élaboration desdites règles, le service reçoit un email du père : Georges souhaite participer à ce travail...

Repère social, revue d’information sociale mai 2003

Date de parution jeudi 28 août 2003 16:18

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