Agrandir la taille le texteTaille normale du texteDiminuer la taille du texte

Courrier de lectrice sur l’abus de cannabis

Bonjour,

je suis lycéenne, j’ai 16 ans, je préfère rester anonyme pour le moment. Je suis venue parler de la drogue mais surtout je voudrais savoir comment réagir pour aider une amie car en ce qui me concerne je ne fume pas.

Je vais vous raconter brièvement mes rapports du début à la fin avec cette amie, Emilie qui actuellement ne peut passer une journée sans fumer. Emilie à 14 ans fumait, je l’ai connu et elle s’est mise à arrêter pendant 1 an. Durant cette année, nous étions sans cesse ensemble, voyagions, passions nos soirées, matinées...mais elle avait toujours cette envie de fumer, de boire ou de se montrer supérieur aux autres.

Puis comme vous vous en doutez, elle a rencontré une bande bien à son genre qui aime triper, fumer tout le temps... Cela commençait par 1 pilon par jour, après les cours, parfois avant car elle en riait encore +. Puis au milieu de l’année, elle avait beaucoup baissé (chue de 4 points dans sa moyenne de 15 à 11) et s’est dit au point ou j’en suis autant continuer et redoubler.

C’est à ce moment là qu’elle a accumulé une moyenne de 16 joints par jour à elle seule. Elle en vomissait quelque fois mais m’affirmait qu’elle n’en pouvait plus de fumer, que ça lui gâchait sa vie... Son caractère s’est transformé, elle était pessimiste, démotivée, uniquement le cannabis l’intéressait.

Voilà, à présent cela fait uniquement 1 an qu’elle est vraiment dedans mais déjà + qu’accroc et je ne sais pas si je peux la faire changer ou juste la faire raisonner. Je ne sais pas non plus si son cas est inquiétant et je ne m’y connais pas trop c’est vrai. Par contre, je crois qu’elle a essayé le LSD et le pooper (désolé pour l’orthographe je ne sais pas).

Enfin bon comment parler à quelqu’un qui ne vous écoute plus ? ou ne vaut il mieux pas laisser tomber ?

ps : merci ne lire mon message et si vous pouvez d’y répondre...

Réponse de Chanvre-Info

Bonjour,

D’abord, c’est sympathique de t’inquiéter pour ton amie, elle a besoin d’un entourage attentif, pas d’être jugée ou repoussée. Il ne faut pas dramatiser les conséquences de l’usage de drogues chez une adolescente. Emilie cherche ses repères dans un monde assez hostile, elle repousse les limites, brave les interdits, refuse la monotonie du quotidien.

Ce comportement peut choquer ou inquiéter, il faut lui laisser le temps de faire ses expériences tout en lui donnant accès à de l’information et en l’incitant à réfléchir sur sa consommation. Le cannabis n’est pas forcément le traitement adapté à sa situation. Pas plus que la polyconsommation abusive de toutes les substances qui lui tombent sous la main. Mais il ne faut surtout pas la culpabiliser, il faut l’amener à découvrir un équilibre entre plaisir et obligations sociales.

Des millions d’ados connaissent une période de doute, de déprime et de grande douleur intérieure. Ce phénomène est bien plus ancien que la consommation de cannabis chez les jeunes, ce n’est pas cet usage qui le déclenche. Au milieu du siècle dernier, ils buvaient de l’alcool, sniffaient de la colle ou de l’éther, détournaient des médicaments.

De manière générale, les ados multiplient les comportements à risques pour se tester et tester la société et la famille. Emilie force un peu trop la dose mais les crises genre « je ne sais pas quoi faire » ou « de toute façon je suis une merde » ou encore « je ne veux pas de cette société là » sont des classiques que chacun doit un jour affronter. Une sorte de rite initiatique d’entrée dans la vie d’adulte. Il faut l’aider à ne pas subir trop de conséquences néfastes, pas décider de sa vie à sa place.

D’un autre coté, il ne faut pas prendre des produits psychoactifs dans n’importe quelle condition. Le cannabis est une drogue dont l’abus peut momentanément modifier la façon de penser et altérer les fonctions cognitives, surtout la mémoire immédiate. En fumant un mélange avec du tabac, on ajoute les risques de cancer, de dépendance à la nicotine et de dégâts sur l’arbre respiratoire.

Si les pilons dont tu parles sont de l’ecstasy, il faut ajouter encore les risques cardio-vasculaires, les crises d’angoisse, l’hyperthermie, la dépression du « troisième jour ». Le LSD peut mener au bad trip. Une seule prise peut provoquer des problèmes psychiatriques durables. Le poppers provoque des migraines et est neurotoxique à forte dose. On peut trouver de l’information sur les produits sur Internet par exemple sur http://www.infor-drogues.be ou auprès d’association comme ASUD, qui édite un journal et des brochures dans un style moins barbant que les brochures officielles.

Les conséquences d’un abus de cannabis sont réversibles. La mémoire et la concentration reviennent en diminuant considérablement la dose ou après un sevrage. Il n’est pas trop difficile d’arrêter de prendre du cannabis quand on le veut vraiment. Les sevrages sous la contrainte familiale ou judiciaire sont presque toujours des échecs. Des centres spécialisés garantissent l’anonymat et peuvent fournir l’assistance psychologique et un traitement léger pour accompagner les premiers temps, genre une semaine d’insomnie, de cauchemar et d’irritabilité. Il me faudrait savoir dans quelle région vous vivez pour t’orienter avec précision. Si la relation de confiance est bonne, de nombreux médecins généralistes ou des psychologues peuvent aussi faire l’affaire.

L’abstinence n’est pas forcément la bonne solution mais il faut savoir domestiquer sa consommation. 16 joints, c’est abusé pour suivre des études. Il y a des gens qui le supportent et fonctionne encore pas trop mal, certains ont même besoin de cela pour partir travailler. Mais Emilie semble mal dans sa vie, elle ne peut pas assumer une telle dose. Sa vie tourne autour du joint, elle te repousse parce que tu n’es pas dans ce monde là. Plutôt que de la pousser à stopper, cherche à la faire raisonner. Comment mieux prendre des drogues ? Comment supprimer les prises inutiles, au mauvais moment, pour faire comme les autres ? Essaye de stimuler sa curiosité pour d’autres activités, la découverte de nouveaux horizons facilite le déblocage.

Et surtout fait-lui sentir qu’à 16 ans tout commence, rien n’est fini, elle n’est pas hors du monde parce qu’elle use de drogues. Elle doit apprendre à vivre avec, l’usage n’est pas une excuse pour ne rien foutre à l’école, pour scotcher devant la téloche et glander toute la journée.

A 11 de moyenne en classe, elle peut encore échapper au redoublement. Elle vomit, c’est plus inquiétant, elle devrait consulter un médecin pour voir si cela n’a pas d’autres causes que le cannabis ou les pilons. Dans l’ensemble, Emilie doit lire et réfléchir un peu. Tu peux lui suggérer de surfer sur notre site

et lui faire lire

http://www.chanvre-info.ch/info/fr/Comment-reduire-les-risques-lies-a.html

http://www.chanvre-info.ch/info/fr/Chanvre-et-jeunesse-De-la-haine-de.html

http://www.chanvre-info.ch/info/fr/Propositions-pour-reduire-les.html

Elle comprendra qu’on peut vouloir la liberté pour les consommateurs mais qu’il faut savoir l’utiliser et ne pas hésiter à demander des conseils ou de l’aide. Ce n’est pas une honte d’être en détresse avec un abus de drogue. C’est stupide de ne pas se faire aider.

A bientôt

Salutations

Laurent Appel

Date de parution jeudi 6 octobre 2005 21:08

http://www.cannabis-helvetica.ch
http://www.swisshempshop.com