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Digestibilité du tourteau de chènevis

Sommaire
Dans un essai différencié effectué avec des moutons, la digestibilité du tourteau de chènevis pressé a été examinée. La ration de nourriture se composait de 60% de chènevis pressé et de 40% de foin pressé. Tout au long de la durée expérimentale, les moutons ont été gardés dans des boxes individuels pour analyser leur métabolisme. Quotidiennement, on pesait leurs excréments, dont une partie était conservée pour des analyses. Le contenu en ADP et NEL des tourteaux de chènevis a été déterminé sur la base de la digestibilité calculée. Malgré une forte teneur en protéines brutes (330 g/kg TS) le tourteau pressé ne contient en moyenne que 168 g/kg TS d’ADP. La raison est sa très grande richesse en fibres (360 g/kg TS) d’où une très basse FOS. Le contenu en NEL est également extrêmement bas, avec 3.8 MJ. L’utilisation à large échelle n’est cependant pas envisageable. Il existe la possibilité d’importer des graines de chanvre et de les presser en Suisse, mais les quantités sont trop modestes et les prix, qui dépassent 75 Fr/100 kg pour le tourteau pressé, sont trop élevés.

1. Introduction
Le chanvre est une plante à multiples usages, dont l’utilisation est en progression. Constamment, de nouveaux articles sont produits et mis sur le marché. La fibre de chanvre est utilisée surtout dans le domaine des textiles, de la construction, et dans la fabrication du papier, tandis que l’huile de graines de chanvre joue un rôle important dans la médecine et la fabrication des cosmétiques.

Lors de la pression d’huile de graines de chanvre, des sous-produits dérivés, dont le tourteau de chènevis, en résultent. Ce dernier est surtout utilisé dans l’alimentation humaine, par exemple pour la fabrication de pâtes (KAUFMANN 2001).

Si la demande d’huile de chanvre continue à augmenter, la production de tourteaux pressés augmentera en parallèle. Le but de cette étude est d’examiner la digestibilité de ce fourrage pour les ruminants, en utilisant pour cela des moutons, puis de comparer les résultats avec ceux des essais comparables effectués à l’étranger.

2. Matériel et méthodologie

2.1. Déroulement des tests
Les essais ont été effectués du 25 juin au 19 juillet 2001. Les périodes expérimentales ont été séparées selon le schéma suivant :

- Du 25.06 au 01.07 phase d’affourragement, 1x par jour à l’Ecole d’élevage des volailles
- Le 02.07 affourragement 2x par jour à l’Ecole d’élevage des volailles
- Du 03.07 au 08.07 affourragement dans les boxes métaboliques à l’Ecole SHL de Zollikofen
- Du 09.07 au 12.07 1ère période d’essai
- Du 16.07 au 19.07 2ème période d’essai

2.2 Les animaux expérimentaux
Le SHL possède 4 moutons de la race "mouton à viande à tête brune", qui sont utilisés pour tester la digestibilité de divers fourrages. En dehors des périodes d’essais, les moutons sont tenus dans une bergerie avec pâturage.

Les essais de digestibilité pour ruminants sont toujours effectués avec des moutons, d’une part, parce qu’ils sont plus petits que les vaches, d’autre part, parce que les excréments et l’urine peuvent mieux être séparés. Les systèmes digestifs des deux espères animales sont très semblables, d’où il est possible d’extrapoler les résultats des moutons sur les bovins.

2.3 Le fourrage utilisé
Le fourrage était constitué par des tourteaux de chènevis, de la paille et des sels minéraux. La ration se composait de 60% de chènevis pressé et de 40% de paille. Les sels minéraux servaient à couvrir les besoins et à assurer une fonction optimale des micro-organismes. Afin que la paille n’influence pas les résultats des tests, elle a également été examinée quant à sa digestibilité et sa teneur en éléments nutritifs. Ces tests ont été effectués lors des essais de base (BONNY et al. 2001).

2.3.1 Tourteau pressé de graines de chènevis
Lorsque les graines de chanvre sont pressées à froid pour en extraire l’huile, il reste un tourteau pressé, de couleur sombre, avec un léger goût de chanvre.

Le contenu en graisses est plus élevé que celui des grains égrugés. Le tableau 1 présente le contenu des tourteaux de chènevis, analysés par le laboratoire Celab.

Tab.1 : Contenu du tourteau de chènevis (dans la substance fraîche)
Dénomination
Période 1
Période 2
Protéines brutes
29.9 g/100g
29.9 g/100g
Fibres brutes
31.1 g/100g
34.2 g/100g
Graisses brutes
6.7 g/100g
7.3 g/100g
Eau
9.2 g/100g
9.3 g/100g
Cendres brutes
7.3 g/100g
6.8 g/100g
ADF
38.2 g/100g
39.6 g/100g
NDF
42.9 g/100g
44.8 g/100g
Valeur énergétique
18.6 Mj/kg
18.5 Mj/kg

"Si l’on compare (...) le contenu en minéraux du tourteau de chènevis pressé avec celui d’autres oléagineux, c’est surtout la haute teneur en phosphates qui attire l’attention" (SEITH et al. 1998). Les faibles valeurs en Calcium et celles, élevées, du Phosphore, sont assez semblables à celles des céréales. Le chanvre pressé contient 26% de fibres brutes, tandis que l’apport énergétique, 4.0 MJ NEL, est assez faible. Les protéines brutes sont de 35%, donc aussi élevées que celles du gruau d’extraction (SEITH et al. 1998).

2.4 Les installations
Après le premier affourragement, les moutons ont été placés dans des boxes individuels métaboliques (voir photo). Les boxes sont pourvus à l’avant d’un plancher en bois et d’une grille à l’arrière. Les parois latérales possèdent à hauteur de la tête de l’animal une petite ouverture, qui permet le contact visuel avec les autres animaux. Comme les excréments doivent être collectés séparément de l’urine, une installation de séparation a été installée sous la grille, avec un entonnoir collecteur et deux récipients séparés. Les excréments tombent de la grille dans l’entonnoir et ensuite dans l’un des récipients ; l’urine prenait le même chemin et elle était collectée dans le deuxième récipient.

Illustration 1 : Boxes métaboliques du SHL (Photo : M. Stalder, SHL)

Les auges contenant le fourrage et le liquide pouvaient être fixées et insérées à l’avant des boxes. Afin de minimiser la perte de fourrage, ce dernier était coupé mécaniquement à environ 5 cm de longueur. Les moutons étaient pesés avec une balance de type "Suprema 3G" avec une précision de 200 g., la nourriture et les excréments étaient pesés avec une balance plus petite, du type "Mettler ID", avec une précision de 5 g. Pour déterminer le TS, les échantillons étaient d’abord séchés dans une étuve de la marque "Salvis". Le fourrage et les excréments analysés en laboratoire étaient moulus par un moulin "Rentsch à tamis type SM1". Les échantillons d’excréments étaient prélevés quotidiennement et conservés en chambre froide ou au congélateur.

2.5 Déroulement des tests
L’affourragement des animaux a duré deux semaines. Il était prévu de nourrir les moutons une fois par jour, durant la première semaine, ensuite deux fois par jour durant la deuxième semaine, dans une étable à stabulation libre à l’Ecole d’élevage des volailles. Au bout d’une semaine, il a été constaté que les moutons n’appréciaient pas tous le tourteau de chènevis pressé au même degré. Afin d’éviter un déséquilibre dans les rations, il a été décidé de nourrir les animaux dans les boxes métaboliques jusqu’à la fin des essais. Le neuvième jour, les moutons ont été transférés au laboratoire agronomique de la SHL, c’est-à-dire quelques jours plus tôt que prévu. A partir de ce jour, un affourragement ciblé a été garanti pour chaque animal. Les moutons ont été pesés et leurs besoins nutritionnels en fourrage déterminé à partir de leur poids au moment de la pesée, et les rations pour chacun d’entre eux calculées et constituées.

Les essais proprements dits ont eu lieu en deux périodes de 4 jours chacune. Au début de la première période, les moutons ont à nouveau été pesés, et les boxes métaboliques ont dû être légèrement modifiés afin de pouvoir mieux séparer les excréments et l’urine. Lors de l’affourragement du matin, la totalité des excréments devait être pesée et conservée dans le réfrigérateur et le congélateur pour les analyses individuelles. La nourriture qui n’avait pas été mangée dans sa totalité était également pesée.

A la fin de la deuxième période, les quatre moutons ont été pesés une dernière fois, et ensuite amenés dans l’étable à stabulation libre. Les échantillons d’excréments et de fourrage ont été moulus et envoyés pour analyse au Laboratoire central (celab).

2.6 Analyses

2.6.1 Analyse des fourrages
Pour obtenir une bonne moyenne des valeurs, un échantillon de 10 à 30 g. de foin et de tourteau de chènevis pressé a été prélevé tous les jours, durant les deux périodes des essais. On a obtenu ainsi, par période et par fourrage, une quantité déterminée qui a été moulue et envoyée pour analyse au Laboratoire central (celab), à la fin des essais. Le Laboratoire central a mesuré les valeurs d’eau restante, de cendres brutes, de fibres brutes, de protéines brutes, de graisses brutes, les fibres ADF (acid detergent fibers) et NDF (neutral detergent fibers) à l’aide de l’analyse de Weender et celle de van Soest. Le calorimêtre à bombe à déterminé la valeur énergétique.

2.6.2 Analyse des excréments
Durant les deux périodes des mesures, la totalité des excréments de chaque mouton a été pesée au même moment. Environ 5% de ces excréments étaient conservés à -20 degrés Celsius, dans le congélateur, et 5% additionnels dans le réfrigérateur à 4 degrés C. A la fin de chacune des périodes-tests de 4 jours, les excréments congelés ont été mélangés et envoyés pour détermination du contenu en protéines brutes. Les excréments dans le réfrigérateur ont été pré-séchés à 55° Celsius, puis moulus dans le moulin à tamis, puis analysés par le celab. Environ 500 g. des excréments quotidiens ont été séchés durant 24h à 105° Celsius pour l’analyse des TS, puis repesés.

3. Résultats

3.1 Digestibilité du tourteau de chènevis pressé
Les valeurs des essais différentiels ont été utilisées pour le calcul de la digestibilité (voir tableau 2)

Tableau 2 : Digestibilité des valeurs nutritionnelles du tourteau de chènevis pressé, avec déviation standard
TS
OS
RF
RP
BE
ADF
NDF
Fett
NfE
Digestibilité
0.429
0.448
0.110
0.788
0.483
0.127
0.078
0.879
0.268
Déviation standard
0.058
0.059
0.078
0.027
0.064
0.086
0.093
0.032
0.168

La digestibilité, dans cet essai, a été celle du tableau. Il n’y a pas de valeurs comparatives, et une prise de position est donc impossible par rapport aux valeurs obtenues.

Pour les ADF, NDF et NfE, on observe une grande déviation standard. La digestibilité de RF est également très basse, tout comme celle de NDF et ADF. iegt eine sehr grosse Standardabweichung vor. Die Verdaulichkeit von RF ist als.

3.2 Energie calculée et contenu protéinique
Sur la base des valeurs de digestibilité de l’essai et des données des analyses, on a calculé les valeurs énergétiques et protéiques (voir tableau 3). Les valeurs nécessaires au calcul des APD nécessaires à la digestibilité des protéines brutes ont été reprises dans la bibliographie (MUSTAFA et al 1999) et sont de 39%. La digestibilité des acides aminés a été estimée à 80%.

Tableau 3 : Valeurs énérgétiques et protéiques du tourteau de chènevis pressé
BE
20.5 MJ/kg TS
NEL
3.8 MJ/kg TS
RP
330 g/kg TS
APDE
168 g/kg TS
APDN
218 g/kg TS

Le contenu protéinique brut, qui est de 330 g/kg TS, est élevé, tout comme celui de l’APDE et de l’APDN. La valeur NEL, 3.8 MJ, est très basse, comparée aux protéines.

3.3 Evolution du poids
Les quatre moutons ont perdu du poids au moment de l’introduction du nouveau fourrage, durant la phase d’affourragement dans les boxes métaboliques. Cette perte de poids se situe entre 3 et 5 kilogrammes. Ensuite, le poids est resté plus ou moins stable (voir illustration 2).

Illustration 2 : Perte de poids des moutons dans les boxes métaboliques

4. Discussion et conclusions
La perte de poids, au moment où les moutons ont été placés dans les boxes métaboliques, peut être expliquée par le stress des animaux. La ration de foin a été adaptée et réduite, parce qu’au début les moutons ne mangeaient pas très volontiers le tourteau de chènevis pressé.

Le tourteau de chènevis pressé, avec ses 330 g/kg TS en protéines brutes, est un fourrage très riche en protéines et se situe dans les mêmes ordres de grandeur que ceux d’autres oléagineux, par exemple de colza, le lin ou le tournesol. La teneur en APDE est légèrement plus élevée, avec 168 g/kg TS (RAP 1999).

La distribution des acides aminés n’est pas homogène, et surtout, pauvre en Lysine, mais ce fait n’a pas une très grande importance pour les ruminants (SEITH et al. 1998)

La teneur en fibres brutes est de 360 g/kg TS, ce qui est très élevé comparé aux autres fourrages oléagineux, et la plus grande teneur en fibres brutes se trouve dans l’enveloppe extérieure, difficile à digérer (SEITH et al. 1998). Les valeurs énergétiques NEL sont extrêmement basses : 3.8 MJ/kg. Pour le tourteau de chènevis, elles se situent entre 6,6 et 7 MJ NEL (RAP 1999).

Lors de l’affourragement des moutons, on a observé que les moutons mangeaient d’abord le foin, ensuite le tourteau de chènevis. Il est difficile d’en déduire si c’est une question de goût ou de dureté des cubes.

Dans l’essai effectué avec des vaches laitières (MOREL d’ARLEUX et al. 2000) par l’Institut de l’Elevage, cette problématique n’a pas été constatée. La luzerne ou le soja ont été remplacés par du tourteau de chènevis pressé. Les données complètes, notamment celles sur la consommation et le rendement, ont été documentées. Les animaux expérimentaux ont donné, en moyenne, 0,9 kg de lait de plus que ceux du groupe de contrôle, ce qui peut être le résultat d’une consommation plus élevée.

On a constaté des différences dans la composition des lipides du lait : dans le cas du tourteau de chènevis pressé, on a trouvé une diminution des lipides, surtout les acides gras à chaînes courtes et moyennes, en particulier l’acide palmitique, tandis que la stéarine et l’acide oléique (à longues chaînes) ont augmenté (MOREL d’ARLEUX et al 2000).

La teneur élevée en acides gras non saturés pourrait avoir une influence sur une plus grande plasticité du beurre, mais cette hypothèse devrait encore être prouvée par une analyse des lipides (MOREL D`ARLEUX et al. 2000).

Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de marché pour le tourteau de chènevis pressé, bien qu’on puisse s’en procurer en petites quantités à des prix élevés. D’après les informations de Chanvre-Info (FURST 2001), 100 kg coûtent environ Fr. 75.- Pour l’instant, le tourteau de chènevis n’est donc pas intéressant pour le marché fourrager. Son développement futur est encore incertain, cependant, on remarque une demande légèrement croissante sur le marché du chanvre.

5. Bibliographie et références
- ACHTEC R.,2001. Hanf als Tierfutter. Hanf ! [On-Line]. Auf Internet abrufbar : http://www.hanfmedien. de/hanf/archiv/artikel/1681
- BONNY N., GENOUD A. et HUMBERT G., 2001. Travail de semestre. Teneurs et digestibilité du foin, SHL Zollikofen
- FÜRST A., 2001. Persönliche Mitteilung
- GUARNE S., 2001. Eine ökologischere Zukunft gibt es nicht ohne Hanf.. BauernZeitung, 8.6.2001.
- HASLER M., 2000. Pflanzen und Tiere 2001. Wirz Verlag, Basel, 537 - 538.
- KAUFMANN K., 2001. Hanf als ökologische Vielzweckpflanze. BauernZeitung, 8.6.2001.
- KUNZ P., KÄCH S. und STEIGER M., 2001. Skript Grundlagen der Tierernährung, SHL Zollikofen.
- MOREL D’ ARLEUX F. BEANCENOT J.M. und GALLOO J.B., 2000. Verwendung von Hanf-Presskuchen für Milchkühe. Institut de l’Elevage, E.R.E. d’ Ile de France, C.E.Z. de Rambouillet.
- MUSTAFA A.F., MC KINNON J.J. and CHRISTENSEN D.A., 1999. The nutritive value of hemp meal for ruminants. Can. J. Anim. Sci., 79, 91-95.
- RAP, 1999. Fütterungsempfehlungen und Nährwerttabellen für Wiederkäuer. (4. überarb. Aufl.), Landwirtschaftliche Lehrmittelzentrale, Zollikofen, 266 - 269.
- SEITH B., STOLZENBURG K. und MASTEL K., 1998. Qualität von Hanfkörner und Hanföl. Landesanstalt für Pflanzenbau, Rheinstetten, 6 - 7.

A. Müller, J. Schneider et M. Stalder
Haute école suisse d’agronomie - Zollikofen, 11. Juillet 2002
  • In einem Differenzversuch mit Schafen wurde die Verdaulichkeit von Hanfpresskuchen untersucht. Die Futterration bestand aus 60% Hanfpresskuchen und 40% Heu. Die Schafe wurden während der Versuchszeit in Einzelstoffwechselständen gehalten. Täglich wurde der angefallene Kot gewogen und ein Teil für die Analysen aufbewahrt. Anhand der berechneten Verdaulichkeiten wurde der APD- und NEL-Gehalt des Hanfpresskuchens bestimmt.
Article modifié le vendredi 14 janvier 2005 15:00, Date de parution lundi 5 juillet 2004 17:25

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