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Drogues. Les substances classiques résistent

La politique française de lutte contre la drogue « fête » ses 40 ans cette année. Bilan : toujours plus de produits, à des prix toujours moins chers. La France semble pourtant moins touchée que ses voisins européens. Surtout pour les nouvelles menaces qui arrivent... via internet.

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19 septembre 2010

Faut-il craindre une invasion des drogues de synthèse en France ? L’Europe avait tiré le signal d’alarme en avril dernier. En 2009, le nombre de nouvelles substances qui lui avait été signalé avait été multiplié par deux (24, contre 13 l’année précédente). Toutes étaient de synthèse, c’est-à-dire non issues d’un produit végétal. Ce phénomène pose aux autorités de vrais soucis. Diffusées quasi exclusivement sur internet, ces drogues sont plus difficiles à repérer car elles sont vendues comme « sels de bain » ou « engrais pour plantes » et échappent un peu plus longtemps à la classification en produit stupéfiant.

« Pas encore d’explosion » des drogues de synthèse

La méphédrone est de ce point de vue un bon exemple. Apparue en 2008, elle était présentée sur internet comme une « alternative légale à la cocaïne », avec des effets comparables, mais moins puissants, à ceux de l’ecstasy et des amphétamines. Après de nombreux malaises et quelques décès suspects, son interdiction s’est généralisée. L’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) l’a classée « produit stupéfiant » en juin dernier. Pour autant, l’Afssaps relativise : « On n’assiste pas en France à une explosion de l’offre de ces nouvelles drogues. Cela concerne, à notre niveau, quatre ou cinq produits chaque année. Parmi ceux-ci, nous n’en classons comme produit stupéfiant qu’un ou deux en moyenne, sur des critères exclusivement sanitaires ».

Inquiétante progression de la cocaïne et de l’héroïne

À la différence de l’Afssaps, qui n’examine que les nouvelles substances au signalement répété et susceptibles de poser des problèmes de santé publique, l’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) recense toutes les nouveautés. L’an dernier, il a signalé neuf nouvelles molécules, contre trois ou quatre par an les années précédentes. « La consommation de ces nouvelles drogues reste marginale en France », insiste l’Observatoire, qui avance plusieurs explications : la barrière de la langue anglaise sur les sites vendeurs et le choix des usagers français pour un contact direct, « rassurant », avec un dealer. D’ailleurs, en France, concernant la méphédrone, seules cinq petites saisies ont été enregistrées depuis l’an dernier. Ce tableau plutôt encourageant contraste avec celui des drogues classiques, les plus utilisées. En 2009, l’OFDT a noté une extension des consommations et des petits trafics de cocaïne et d’héroïne à une population plus variée, avec davantage de jeunes et de personnes socialement très insérées, et à de nouvelles zones géographiques (quartiers populaires, zones périurbaines et rurales), et une tendance au polyusage (consommation combinée de plusieurs substances). Bref, la drogue gagne du terrain. Sauf pour l’ecstasy, en net recul. Le produit s’est « ringardisé » du fait de sa rareté (« pénuries » en 2009) et de sa piètre qualité (arnaques fréquentes).

Du fait maison

Dernier phénomène marquant : de plus en plus de consommateurs de cannabis, « déçus » par la qualité des produits et les arnaques, soucieux de s’assurer un approvisionnement constant, cultivent leur herbe chez eux. En 2005, 32 tonnes auraient ainsi été produites pour près d’un million de plants, représentant 11,5% des volumes consommés sur le territoire.

  • Hervé Chambonnière
Date de parution lundi 4 octobre 2010 02:06

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