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Drogues : pour une nouvelle régulation

Michel Guerrier, qui a été pasteur en Alsace et aumônier de prison, plaide pour une révision radicale des méthodes de lutte contre les drogues.

http://www.dna.fr 8. Okt. 2010 Par Michel Guerrier

« La guerre en Afghanistan et bien d’autres conflits s’alimentent à la culture du pavot et au traitement chimique de plantes euphorisantes ; leur commerce très lucratif appelle des filières de blanchiment d’argent. En France, on a essayé par des moyens divers d’y remédier : interdiction du trafic de drogues tout en en permettant curieusement leur consommation, contrôles aux frontières, interdiction de culture balconnière ou champêtre du chanvre, interdiction au volant...

Les résultats ? De plus en plus de saisies de drogues, de plus en plus de détenus. On croit avoir prise sur la pieuvre. Mais des dealers utilisent des enfants - que la justice ne peut inculper - pour diffuser leur marchandise. Et, ce qui est grave, la police n’entre plus dans certains quartiers qu’au risque d’y être accueillie par des armes. La ghettoïsation sociale et économique des quartiers sensibles s’accentue, le chômage s’installe. Pourquoi un jeune chercherait-il un boulot alors qu’une source de revenus importante et facile est à portée de main ?

Cette politique est un échec qui sème le désarroi. Nous sommes dans le Chicago de la prohibition des années 20.

Il faut avoir le courage d’arrêter cette politique :
- Permettre le commerce légal de la drogue comme nous permettons le commerce des spiritueux. C’est la première mesure, elle ferait vite tomber le marché parallèle. On se souvient, après guerre, de la suppression du rationnement des cigarettes. D’un jour à l’autre le florissant marché clandestin et son cortège de méfaits s’était effondré.
- Maintenir la distinction entre drogues douces et drogues dures et imposer ces dernières dissuasivement plus que les autres. Au besoin en interdire certaines, carrément nocives.
- Cette réglementation devrait être au moins européenne. Un canton suisse ou un pays comme les Pays-Bas ne sont pas de taille pour une efficace nouvelle législation. Il faut profiter des chances qu’offre une Europe plus unie.

Sortir de l’hypocrisie
- Une législation de prévention devrait accompagner ces mesures : informations sur les dangers de la toxicomanie, interdiction aux mineurs et aux conducteurs...
- Enfin, une nouvelle réglementation devrait permettre à l’ensemble de la société française de sortir de son hypocrisie face au plaisir trop longtemps inavoué que semble donner l’absorption de quelques milligrammes de shit - ceci dans toutes les couches de la population. Vous serez peut-être étonnés qu’un ancien pasteur, qui par ailleurs a été aumônier de prison, s’excite sur des causes qu’il devrait normalement, croit-on, combattre. C’est qu’il y a aussi des raisons théologiques à dépasser la simple interdiction. Une communauté religieuse peut à la rigueur demander à ses adeptes de renoncer à tel ou tel aliment. Mais l’Etat, lui, ne le peut. A lui de s’occuper des excès, des injustices, des crimes liés à la fabrication, au commerce, à la consommation de ces aliments... Son rôle est plus technique qu’idéologique. Mais ce rôle, il doit l’assumer, bien l’assumer, en se débarrassant des frustrations compulsives dues à l’impossible mission de contrôler la moitié de la population. Ainsi sera-t-il aussi fidèle à cette neutre laïcité qui le fonde.

Faisons lucidement ces constatations et poussons nos élus à enfin prendre les décisions, pas très populaires, je l’admets, qui dans le désarroi législatif actuel s’imposent néanmoins ».

Date de parution mardi 19 octobre 2010 02:30

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