Elections US 04 : une victoire et deux défaites pour le cannabis
Dans un contexte peu favorable, la vague conservatrice entourant la réélection de Georges W Bush, des référendums locaux constituaient un test de l’opinion publique américaine sur trois aspects de la politique du cannabis.
En Alaska, la mesure 2 proposait de supprimer les sanctions civiles et pénales pour les 21 ans ou plus qui "cultivent, consomment, vendent ou donnent de la marijuana ou d’autres produits du chanvre." La proposition a été repoussée par 57% des votants contre 21%. Tous les comtés d’Alaska ont voté pour Bush, cet état est traditionnellement républicain. Pourtant, ce résultat est l’inverse des référendums de 1975 et 1979 à l’issue desquels la possession d’une once de marijuana fut dépénalisée comme dans dix autres états. En 1998, les électeurs d’Alaska avaient légalisé le cannabis thérapeutique. Ils ne semblent pas encore prêts pour le cannabis légal. Mais dans le climat actuel de contre-révolution culturelle, plus d’un électeur favorable sur cinq reste un résultat honorable, d’autant que les opposants ne dépassent pas les 60%.
Au Montana, l’initiative 148, adoptée à 65%, permet la culture, la possession et la consommation de cannabis pour raisons médicales, dans des quantités limitées, sous déclaration aux autorités et pour des pathologies déterminées. L’initiative protège les patients, les médecins et le personnel soignant des arrestations et des procédures. Le Montana devient le onzième état américain à légaliser l’usage thérapeutique après L’Alaska, l’Arizona, la Californie, le Colorado, Hawaii, le Maine, le Nevada, l’Oregon, le Vermont et l’Etat de Washington. Reste à savoir si les administrations fédérales, sous l’impulsion d’un président ultra prohibitionniste, laisseront appliquer ces décisions populaires ?
En Oregon, la mesure 33 proposait de faciliter l’accès au cannabis thérapeutique en augmentant les quantités autorisées, en libéralisant la liste des maladies autorisant une prescription et en créant des dispensaires pour la production et la distribution. L’initiative a été repoussée par 58% des électeurs, au grand soulagement du District Attorney local qui avait fait campagne contre la mesure. "La mesure 33 n’était rien moins qu’une tentative de légaliser l’usage récréatif de cette drogue sous couvert de l’aide à la souffrance" a déclaré Scott Heiser après les résultats. L’association des médecins d’Oregon avait milité contre cette mesure sous le même prétexte. Les "méchants drogués" de la marijuana se cachent-ils derrières les "gentils patients" du chanvre thérapeutique ? Des dérives sont possibles mais la grande majorité des usagers récréatifs ne veulent pas jouer la comédie à leur docteur, souvent très réticent à prescrire à cause de ce risque d’abus, se faire ficher et risquer des ennuis avec la DEA si l’administration fédérale renforçait encore sa "war on drugs".
Le chanvre est à la fois une ressource agro-industrielle, un médicament et une source de plaisir. La DEA vient de renoncer à persécuter l’usage alimentaire et semble s’assouplir sur le chanvre industriel. Les américains sont favorables à l’usage thérapeutique mais seulement pour de strictes prescriptions, sous haute surveillance et sans organiser l’approvisionnement des malades incapables d’autoproduire leur remède. Le droit au plaisir ne fait pas partie du programme du "born again" Georges W Bush, une majorité d’américains semblent le suivre. Pour les politiciens chrétiens conservateurs, le cannabis constituera encore longtemps un bon argument démagogue pour dénoncer les "déviants libéraux", comme l’avortement, le contrôle des armes ou le mariage des gays. L’espoir progresse lentement.










