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La chimiothèrapie

Extraits du livre
Cannabis : Médecine Interdite
Editions du Lézard
Lester Grinspoon et James Bakalar

Au cours de notre siècle, le Chanvre a été proposé ou utilisé dans le traitement de nombreux troubles et symptômes. Dans certains cas, son efficacité a été prouvée, dans d’autres, elle n’est que conjecturale ; mais quoi qu’il en soit, toutes ces utilisations possibles du chanvre à des fins thérapeutiques ne peuvent que retenir l’attention de quiconque se préoccupe de la souffrance humaine. Les récits de patients que vous allez lire ci-dessous illustrent, de façon on ne peut plus éclatante, non seulement les propriétés thérapeutiques du chanvre, mais aussi les douleurs et les angoisses inutiles que doivent endurer les malades contraints de se la procurer illégalement.

LA CHIMIOTHERAPIE ANTICANCEREUSE
La chimiothérapie est l’un des plus importants traitements contre le cancer mis au point au cours des quelques dernières dizaines d’années. Administrés par voie intraveineuse une fois toutes les quelques semaines, les antinéoplasiques comptent parmi les produits chimiques les plus puissants et les plus toxiques utilisés en médecine. En attaquant les cellules cancéreuses, ils détruisent par la même occasion les cellules saines de l’organisme et induisent des effets secondaires extrêmement désagréables et dangereux. Au nombre des antinéoplasiques les plus couramment utilisés, on trouve Ia cisplatine (Platinol®), Ia doxorubicine (Adriamycin®), le cyclophosphamide (Cytoxan®), l’ifosfamide (Ifex®) et les dérivés de moutarde à l’azote, dont des médicaments comme le melphalan (Alkeran®) et le chlorambucil (Leukeran®). La cisplatine peut entraîner la surdité ou une insuffisance rénale potentiellement fatale. L’ifosfamide peut causer hémorragies et ecchymoses ; le cyclophosphamide a une action immunodépressive ; la doxorubicine peut détruire le muscle cardiaque. Quant aux dérivés de moutarde à l’azote, ils sont à ce point toxiques qu’ils rongent la peau ou tout autre tissu avec lequel ils entrent en contact. Si l’aiguille intraveineuse qu’on utilise pour les administrer fuit ou "dérape ", le tissu cicatriciel est tel que le patient risque de perdre l’usage d’un bras. La plupart de ces médicaments peuvent aussi provoquer une alopécie, et tous peuvent favoriser l’apparition d’un deuxième type de cancer en traitant la maladie qu’ils sont censés soigner. Les doses doivent être soigneusement calculées pour éviter les insuffisances rénales, cardiaques ou respiratoires. Mais les effets secondaires les plus courants et, pour la plupart des patients, les plus pénibles de ces médicaments, sont les nausées et les vomissements violents qu’ils provoquent. Les haut-le-coeur peuvent durer des heures, voire des jours, après chaque séance et sont suivies de jours, voire de semaines de nausées. Les patients risquent des fractures osseuses ou une rupture de l’oesophage en vomissant. Le sentiment d’impuissance des malades peut avoir des effets catastrophiques sur leur moral. En outre, les patients sont très nombreux à ne presque rien avaler parce qu’ils ne supportent ni la vue, ni l’odeur de la nourriture. Au fur et à mesure qu’ils maigrissent et perdent des forces, ils ont de plus en plus de mal à garder le désir de vivre. Les patients se mettent alors à redouter de plus en plus les séances de chimiothérapie. Certains ont même tellement peur qu’ils ont une réaction conditionnée et vomissent avant même d’entrer dans la salle de traitement, voire avant d’arriver à l’hôpital. D’autres vomissent même par réflexe quand ils rencontrent par hasard un membre de l’équipe soignante dans la rue. Si les nausées et les vomissements deviennent incontrôlables, le médecin peut être amené à diminuer les doses au risque de compromettre ainsi l’efficacité de la thérapie. De nombreux malades, redoutant davantage les effets secondaires de la chimiothérapie que le cancer lui même, décident d’interrompre le traitement, pas seulement pour mettre fin à leurs souffrances, mais aussi pour se donner l’impression d’avoir encore une part de libre arbitre. Certains insistent pour arrêter les séances de chimiothérapie, même si cette décision est synonyme pour eux d’une mort assurée. En fait, chez les patients dont le cancer peut être traité et qui refusent la thérapie, les nausées et les vomissements devraient être assimilés à une forme de toxicité potentiellement létale. Mais très souvent, heureusement, on arrive à soulager les patients en leur donnant des antiémétiques comme la prochlorpérazine (Compazine®) ou le médicament plus récent, l’ondansetron (Zofran®). Mais il peut arriver que ces médicaments se révèlent totalement inefficaces ou d’une efficacité très limitée dans le temps. A l’heure actuelle, on estime que le Zofran est le plus utile des antiémiétiques courants, mais il faut l’administrer pendant un certain nombre d’heures en milieu hospitalier, au goutte-à-goutte intraveineux, ce qui représente des centaines de dollars par traitement. Dans le cadre des programmes de recherche menés par les différents états américains et auxquels nous avons fait allusion plus haut, on a constaté que le chanvre pourrait constituer un substitut remarquablement efficace de tous ces médicaments. Au cours d’une étude portant sur cinquante-six patients rebelles aux antiémétiques courants, on a constaté que 78 % des malades n’avaient plus aucun symptôme après avoir fumé du chanvre. L’un de nous (L.G.) a eu l’occasion de constater personnellement cet effet thérapeutique du chanvre :

"Au tout début de 1972, après la mort de Sydncy Farber, le cancérologue de Harvard spécialisé dans les cancers infantiles qui a donné son nom au Sydney Farber Cancer Center, j’ai été invité avec ma femme à dîner chez un collègue de la faculté de médecine de Harvard. Il voulait me faire rencontrer Emil Frei, récemment arrivé de Houston pour prendre la succession du Dr. Farber. A table, le Dr Frei m’a parlé d’un jeune leucémique de Houston, âgé de dix-huit ans, qui résistait de plus en plus vigoureusement à la chimiothérapie anticancéreuse, ne pouvant plus tolérer les nausées et les vomissements. Ses médecins et sa famille avaient de plus en plus de mal à le convaincre de prendre le médicament dont sa vie dépendait. Un jour, à la surprise du Dr Frei, le jeune homme a tout naturellement accepté le médicament et, à partir de ce moment-là, n’a plus lamais opposé de résistance aux séances de chimiothérapie. Il a fini par avouer qu’il avait pris l’habitude de fumer un peu de chanvre vingt minutes avant chaque séance ; il avait constaté que cette méthode lui permettait d’éviter non seulement les vomissements consécutifs au traitement, mais aussi la moindre nausée. Quand le Dr Frei m’a demandé si cette propriété du chanvre était mentionnée dans la littérature médicale du XIX siècle sur le chanvre, je lui ai répondu par l’affirmative. Sur le chemin du retour, ma femme, Betsy, qui avait suivi toute la conversation avec beaucoup d’intérêt a suggéré que nous nous procurions du chanvre pour notre propre fils, Danny. C’est en juillet 1967 que nous avons appris que Danny souffrait d’une leucémie lymphatique aiguë’ ; il avait alors dix ans. Les premières années, il se pliait assez volontiers à ses séances de traitement à l’hôpital pour enfants de Boston, et même aux séjours qu’il était parfois contraint d’y faire. Mais en 1971, il a commencé à prendre le premier médicament qui allait lui donner de violentes nausées et des vomissements pénibles. Danny est alors devenu l’un de ces patients dont les réactions sont incontrôlables et que les antiémiétiques courants ne soulagent pas suffisamment. Il se mettait à vomir peu de temps après le traitement et les haut-le-coeur pouvaient durer huit heures. Quand nous le ramenions de l’hôpital, il vomissait dans la voiture et dés notre arrivée à la maison, il devait s’allonger et régurgitait dans un seau placé par terre, à la tête du lit. Malgré tout, j’ai tout de même été choqué d’entendre Betsy proposer que nous cherchions du chanvre pour Danny. Je n’étais pas d’accord parce que je ne voulais rien faire d’illégal et que je ne voulais pas non plus risquer d’embarrasser les membres du personnel hospitalier, qui avaient témoigné à Danny un tel dévouement. J’ai donc rejeté l’idée. La prochaine séance de chimiothérapie de Danny devait avoir lieu deux semaines plus tard. Quand je suis arrivé, Betsy et Danny étaient déjà dans la salle de traitement. Je n’oublierai jamais mon étonnement ce jour-là. Normalement, je trouvais toujours ma femme et mon fils dans un état de profonde angoisse avant le début du traitement, mais cette fois-là, ils avaient l’air complètement détendus et, qui plus est, j’avais presque l’impression qu’ils étaient tous les deux en train de me jouer un tour. Ils ont fini par me mettre dans la confidence. Avant de venir à la clinique ce matin-là, jls s’étaient arrêté près du lycée de Wellesley, et Betsy avait demandé à l’un des amis de Danny de lui trouver un peu de chanvre. N’en croyant pas ses oreilles, l’ami en question avait disparu, pour revenir quelques instants plus tard avec un peu d’herbe. Betsy et Danny l’avaient fumé sur le parking de l’hôpital juste avant d’entrer dans la clinique. Le premier moment de surprise passé, je me suis senti soulagé quand j’ai vu à quel point Danny avait l’air à son aise. Il n’a pas bronché quand on lui a donné le médicament et, à notre grande joie, il n’a eu ni nausées, ni vomissements après le traitement. Sur le chemin du retour, il a demandé à sa mère si on pouvait s’arrêter pour manger un sandwich et en arrivant à la maison, il a repris ses occupations habituelles, au lieu de se mettre au lit, comme Il le faisait d’habitude. C’était à peine croyable. Le lendemain, j’ai appelé le Dr Norman Jaffe, le médecin traitant de Danny pour lui expliquer ce qui s’était passé. Je lui ai dit que, sans vouloir le mettre dans l’embarras, lui ou les autres membres de l’équipe soignante, je ne pouvais pas interdire à Danny de fumer un peu de chanvre avant sa prochaine séance de chimiothérapie. Le Dr Jaffe m’a répondu en me proposant de laisser Danny fumer en sa présence dans la salle de traitement. C’est ce que Danny fit Lors de son traitement suivant. Ainsi, le Dr Jaffe lui-même a pu constater à quel point Danny était complètement détendu quand on lui a administré l’antinéoplasique. Après quoi, Danny a encore une fois réclamé à manger. A partir de ce moment-là, il a pris l’habitude de fumer un peu de chanvre avant chaque séance de chimiothérapie, ce qui nous a permis, aux uns comme aux autres, de vivre la dernière année de Danny de façon beaucoup plus confortable. Le Dr Jaffe m’a prié de me joindre à lui pour rapporter nos observations au Dr Frei, qui était suffisamment intéressé par la chose pour mener la première expérience clinique sur l’usage du chanvre dans la chimiothérapie anticancéreuse S.E. Sallan, N.E. Zinberg et E. Frei III, "Anticmetic Effect of Delta-9-tetrahydrocannabinol in Pafients receiving Cancer Chemotherapy", New Eng. J. Med. 293 (1975):795-797.

Arnold et Mac Nutt, qui ont maintenant tous deux plus de soixante-dix ans, ont élevé leurs trois fils à Beaverton, dans le Michigan. En 1963, ils ont appris que leur fils cadet Dana, qui venait de fêter son cinquième anniversaire, souffrait d’un cancer des os. Après une intervention chirurgicale, on a commencé une chimiothérapie et une radiothérapie qui ont duré trois mois. Les séances, qui rendaient Dana très malade, n’ont pas arrêté la propagation du cancer, et le jeune garçon est mort en 1967. Les Nutt on mis des années à surmonter leur douleur et à rembourser les dettes qu’ils avaient dû contracter pour faire soigner leur fils. Puis, en 1978, on leur a annoncé que leur fils aîné, Keith, âgé de vingt-deux ans, avait contracté un cancer du testicule. Mac Nut nous raconte son histoire :

"Les chirurgiens ont opéré Keith, lui retirant le testicule malade et un grand nombre de ganglions lymphatiques. Ils pensaient avoir extrait la totalité des cellules cancéreuses. Keith avait décidé de faire tout son possible pour rester actif. Il a recommencé à travailler, et neuf mois plus tard, alors que tout semblait rentré dans l’ordre, il a constaté que son autre testicule était dur et quelque peu tuméfié. Les chirurgiens le lui ont immédiatement retiré et lui ont dit qu’il devrait se soumettre en plus à un long traitement de chimiothérapie. On lui a donné de la cisplatine, un nouveau médicament extrêmement toxique qui le rendait très malade. Il était pris de violents vomissements pendant huit à dix heures après chaque traitement après quoi, il avait tellement de nausées qu’il ne supportait ni la vue, ni l’odeur de la nourriture. La compazine et autres antiémétiques le soulageaient à peine. En moins de deux mois, notre fils a perdu au moins une quinzaine de kilos. Il a commencé à régurgiter de la bile. Quand il n’avait rien à vomir, il été pris de haut-le-coeur et de convulsions. Quel horrible spectacle que de voir notre fils souffrir ainsi de la maladie et de son traitement ! Un jour, Keith m’a avoué qu’il ne voulait pas en arriver au stade qu’avait atteint son frère Dana. Ce dernier, vers la fin, était tellement malade qu’il ne pouvait plus s’occuper de lui-même, était devenu complètement invalide et représentait un véritable fardeau pour les autres membres de la famille. Keith m’a dit que si son état se dégradait à ce point, il voulait pouvoir en finir. Il m’a fait promettre que si un jour, il n’y avait plus d’espoir de le sauver, je l’aiderais à mettre fin à ses jours. Un soir, je suis tombée sur un article de journal qui racontait l’histoire de ce patient qui avait trouvé un sac en papier rempli de chanvre sur son palier. Le journaliste faisait également état de preuves médicales permettant de penser que le chanvre pouvait contribuer à diminuer les nausées et les vomissements violents provoqués par de nombreuses thérapies anticancéreuses. C’était la première fois que mon mari et moi entendions dire que le chanvre pouvait servir à des fins thérapeutiques. Au début, je n’y ai pas cru. Je ne voyais pas comment le chanvre pouvait apparaître ainsi comme par miracle soudainement sur le palier de quelqu’un. Ayant moi-même des enfants, j’étais formellement opposée au chanvre et à toutes les autres drogues illégales. Mon mari et moi nous avions veillé à ce que nos fils connaissent exactement notre position à ce sujet. Nous savons tous les deux qu’ils ont peut-être eu l’occasion, en grandissant, de faire l’expérience du chanvre, mais nous sommes certains par ailleurs qu’ils n’ont jamais eu de problèmes avec les drogues et qu’ils étaient tout à fait conscients de notre opposition farouche à toute consommation de drogues. Il nous était difficile de croire, dans ces conditions, qu’une drogue illégale puisse nous être d’un quelconque secours. Si le chanvre avait eu des vertus thérapeutiques pour la médecine, pensions-nous, les autorités l’auraient su et dies auraient fait en sorte que les médecins puissent la prescrire en toute légalité. Mais nous étions tellement désespérés que nous avons parlé à Keith de notre découverte. Il nous a répondu que d’autres patients à l’hôpital lui avaient avoué fumer un peu de chanvre avant leurs séances de chimiothérapie pour limiter les effets secondaires et que cela marchait. Nous avons alors décidé de contacter notre député, Robert Young, pour lui demander si nous pouvions légalement obtenir du chanvre pour Keith. Nous avons été surpris d’apprendre qu’un projet de loi sur la légalisation du chanvre dans le traitement du glaucome et du cancer devait être présenté devant l’Assemblée législative du Michigan. Young nous a également mis en relation avec M. Roger Wintlirop, qui travaillait sur le projet de loi avec des représentants et des sénateurs. Ce monsieur nous a donné des informations sur les usages médicaux du chanvre et nous a dit que, dans plusieurs états américains, des médecins et des patients avaient déjà réussi à faire adopter des lois donnant la possibilité à des personnes gravement malades comme Keith de bénéficier de chanvre. Peu de temps après que mon mari et moi eûmes pris connaissance de ces diverses informations, Keith a dû subir une autre série de traitements chimiothérapeutiques qui, comme de coutume, l’ont rendu affreusement malade. Nous ne pouvions plus rester les bras croisé à ne rien faire en le regardant souffrir, mais vu notre âge assez avancé, nous n’avions pas la moindre idée de l’endroit où nous pourrions trouver du chanvre. En désespoir de cause, nous avons fait appel à l’un de nos amis, un prêtre presbytérien qui travaillait avec des groupes de jeunes dans son quartier. Au bout de plusieurs jours, il est apparu sur le pas de notre porte avec du chanvre. Nous n’en avions jamais vu. Le lendemain, nous avons emporté le chanvre à Keith à l’hôpital. Il en a fumé et les vomissements ont cessé, comme par enchantement. Le changement fut si soudain que nous en avons été surpris. le chanvre a également mis fin à ses nausées. Après avoir fumé, il avait faim en permanence et il a même commencé à grossir. Nous avons par ailleurs constaté une étonnante amélioration de son moral. Avant d’avoir commencé à fumer du chanvre, quand il rentrait de sa séance de chimiothérapie, Keith avait pour habitude de s’enfermer dans sa chambre, de mettre un tas de serviettes au bas de sa porte pour refouler l’odeur de nourriture qui venait de la cuisine et de passer toute la soirée dans sa chambre ou dans les WC pour vomir. Le cancer et la chimiothérapie le poussaient à se comporter comme un animal blessé, replié sur lui-même. Il était pris de violents accès de sueurs froides et de bouffées de chaleur. Ses articulations enflaient et devenaient douloureuses. ll perdait ses cheveux et se sentait mal tout le temps. Sa peau se détachait par lambeaux aux endroits où on lui faisait les injections. Sa vie a été transformée quand il a découvert le chanvre. Il en fumait une cigarette juste avant la séance de chimiothérapie et, après. Il avait mai au coeur pendant une demi seconde, tout au plus une seconde. En rentrant à la maison, il restait dans la salle de séjour pour parler avec son frère et son père. Il s’asseyait à table avec les autres pour le dîner et il mangeait presque pour deux. Il se montrait plein d’entrain et bavard, il était redevenu comme avant un membre de la famille à part entière. Plus jamais il n’a eu a subir les conséquences pénibles de la chimiothérapie. le chanvre était pour lui le médicament le plus sûr, le plus inoffensif qu’on lui ait jamais administré dans sa lutte contre le cancer. Nous avons fait en sorte de mettre tous ses médecins et infirmières au courant de la situation ; aucun d’eux n’a formulé d’objections et certains ont même approuvé. Nous avons pris des dispositions pour qu’il puisse fumer son chanvre dans sa chambre à l’hôpital. En fait, les gens qui s’occupaient de Keith ont décidé que la loi ne correspondait pas à la réalité de ses besoins. Nous avons appris que beaucoup de patients atteints de cancer fumaient du chanvre et que la plupart en informaient leurs médecins, qui donnaient leur approbation, mais qui n’étaient pas disposés à dire en public ce qu’ils disaient à leurs patients en consultation. Mon mari et moi en sommes venus, au bout d’un certain temps, à regretter vivement que la médication de Keith soit illégale. Nous nous sentions comme des hors-la-loi. Or, nous sommes des gens honnêtes, des gens simples et nous détestons avoir à faire des cachotteries. Il nous déplaisait de demander à nos meilleurs amis, au prêtre et à Marc, notre autre fils, de risquer une arrestation pour fournir à Keith le remède dont il avait tellement besoin. Nous pensions aussi aux autres parents qui ignoraient peut-être que le chanvre pouvait les aider à mettre fin aux souffrances de leur enfant. Nous avons alors demandé à Keith la permission de raconter son histoire à un journal local, le Bay City Times, pour aider d’autres patients atteints de cancer. Il a accepté, à la condition toutefois que nous ne donnions pas de détails sur la nature de son cancer et sur l’ablation des testicules qu’il avait subie. Il était tout à fait normal qu’un jeune homme dans la vingtaine veuille préserver le plus possible sa vie privée et son intimité. Le jour de la parution de l’article sur Keith, nous devions aller à Lansing pour témoigner devant le Comité judiciaire du Sénat de l’état du Michigan sur la législation relative à l’utilisation du chanvre à des fins médicales. Les audiences ont fait l’objet d’une publicité considérable, et nous avons commencé à recevoir des coups de fil d’autres cancéreux qui nous appelaient du Michigan et de tous les Etats-Unis. Il arrivait souvent que Keith leur parle au téléphone jusque tard dans la nuit. Les malades et leurs proches lui demandaient de l’aide et l’interrogeaient sur la technique à suivre pour fumer, sur les doses à employer et sur la périodicité des prises. Il lui est même arrivé de faire des ,,visites à domicile" pour montrer aux malades comment rouler leurs cigarettes ou inhaler la fumée. C’est une expérience qui a procuré à Keith de grands moments de joie. Peu de temps après les auditions, nous avons trouvé dans notre boite aux lettres un petit sac de papier contenant du chanvre. Pas de note, pas de nom, juste quelques grammes de chanvre. Je me suis souvenue alors de l’article de journal dont je m’étais moquée à l’époque, qui racontait l’histoire de ce type qui avait découvert du chanvre sur le pas de sa porte. Nous n’avons pas tardé à en trouver encore dans la boite aux lettres. Il s’agissait le plus souvent de dons anonymes, mais pas toujours. Ainsi, un prêtre de l’Eglise épiscopale nous a apporté du chanvre à la maison, en nous disant que nous trouverions bien qui en faire profiter. Au fur et à mesure que la nouvelle s’est répandue, nous avons eu des nouvelles d’anciennes connaissances. C’est ainsi qu’un jour, nous avons été contactés par une femme qui avait été à l’école élémentaire avec Arnold, mon mari. Elle nous a invités chez elle et nous a offert une boite à cigares remplie de chanvre. Elle nous a expliqué que son mari, mort d’un cancer peu de temps auparavant, en avait fumé contre la douleur. Son mari ayant succombé à la maladie, elle n’en avait plus l’usage, mais ne voulait pas la jeter. Quand mon mari et moi sommes retournés à Lansing pour de nouvelles audiences législatives, Keith était rentré à l’hôpital et son cancer se propageait encore une fois. Cette fois, nous avons été rejoints par une autre famille, M. et Mme Negen, de Grand Rapids, qui avaient témoigné lors d’une audience précédente sans révéler leur nom. Leur fille Deborah, âgée de vingt et un ans, suivait un traitement de chimiothérapie contre la leucémie, et le chanvre était le seul médicament capable de la soulager d’effets secondaires très invalidants. Le révérend Negen est le pasteur de la très conservatrice Eglise réformiste néerlandaise, à Grand Rapids. Il a témoigné avoir prié pour demander conseil à Dieu et avoir compris que si le fait d’utiliser du chanvre pour venir en aide à sa fille offusquait les membres de sa congrégation, il lui faudrait quitter son eglise. Dans un récit des plus émouvants, il a raconté au jury comment il avait dû envoyer ses jeunes fils dans les rues de Grand Rapids acheter du chanvre pour sa fille. Nous n’avions aucun mal à comprendre la détresse du révérend Negens. Comme nous, il avait été contraint d’enfreindre la loi pour subvenir aux besoins de son enfant. Deborah Negen elle-même fut encore plus éloquente et plus émouvante que son mari quand elle exhorta le comité à penser aux souffrances qu’enduraient inutilement de nombreuses autres personnes gravement malades. Le 10 octobre 1979, l’Assemblee du Michigan a voté à l’unanimité pour que l’on mette le chanvre à la disposition de malades comme Keith. Cinq jours plus tard, soit le 15 octobre, le Sénat confirmait cette décision, par un vote de 33 contre 1. Dans la soirée du dimanche 21 octobre, mon mari et moi avons annoncé à Keith que la loi de l’état du Michigan sur l’utilisation du chanvre à des fins thérapeutiques serait adoptée le lendemain. Keith s’est déclaré heureux que ses efforts aient servi à quelque chose. Il nous a souri et nous a dit bonsoir avant d’aller se coucher. Il est mort à l’aube le lendemain matin, le jour même de l’adoption officielle de la loi".

Six mois après son mariage en 1969, Harris, le mari de Mona Taft, remarqua une petite masse à son propre cou. Une biopsie pratiquée à l’Hôpital général du Massachusetts révéla la maladie de Hodgkin, une lymphogranulomatose maligne. Mon raconte leur histoire :

"Au moment du diagnostic, Harris était gravement malade, mais il n, avait pas encore les symptômes avancés et manifestes de la maladie de Hodgkin. Il a immédiatement décidé de se soumettre à la première des nombreuses interventions chirurgicales qu’il devait subir par la suite. La rate et les ganglions lymphatiques touchés lui ont été enlevés, lui laissant une cicatrice énorme, allant du bassin jusqu’au niveau de la poitrine. Alors que la plaie cicatrisait et qu’il retrouvait une partie de ses forces, il commença les traitements anticancéreux auxquels il allait devoir se soumettre pendant les dix prochaines années. Malgré les avertissements des médecins, nous n’étions absolument pas préparés aux effets dévastateurs de la chimiothérapie. Moins d’une heure et demie après la fin de son premier traitement, mon man commencé à vomir et il continua de vomir des heures durant. Quand il n’avait plus rien dans l’estomac, il était pris de haut-le-coeur. Les vomissements se calmaient en général au bout de vingtquatre heures après la séance de chimiothérapie, mais mon mari continuait d’avoir tellement mal au coeur qu’il ne pouvait pas manger, ni même supporter la vue ou l’odeur de la nourriture. Les médecins lui ont alors prescrit une série de médicaments antiémétiques comme la Compazine. Mais rien n’y a fait. Harris a subi ces traitements de chimiothérapie au moins une fois par mois, et ce pendant près d’un an. Les séances semblaient avoir des effets positifs sur son cancer, mais à quel prix du point de vue de la qualité de sa vie. Au cours des sept années qui ont suivi, Harris a vécu entre la rémission et la rechute. A chaque fois que le cancer réapparaissait, il était de plus en plus étendu, les médicaments qu’on utilisait pour le combattre étaient de plus en plus toxiques et les réactions indésirables se faisaient de plus en plus graves. Entre-temps Harris avait dû subir bien d’autres interventions chirurgicales, dont l’ablation du tissu cancéreux qui avait atteint son cerveau. Puis, il a commencé à avoir du mal à marcher, à cause du tissu cancéreux dans la colonne vertébrale qui pinçait les nerfs menant aux jambes. Ces tumeurs lui ont également été retirées par la suite. A mesure que la maladie progressait, Harris a subi égaiement une intervention chirurgicale abdominale exploratoire, où les médecins ont trouvé des cellules cancéreuses trop nombreuses pour pouvoir être retirées. Ils lui ont prescrit un nouveau traitement de chimiothérapie, auquel on a ajouté une radiothérapie, ce qui a eu pour effet d’aggraver ses nausées. Chaque jour devenait pour lui plus pénible que le précédent. Un jour, en 1977, alors que nous arrivions dans la salle de traitement où il devait recevoir sa piqûre, Harris a tout à coup détalé et s’est mis à courir dans le couloir. Je l’ai retrouvé un peu plus tard, errant dans l’hôpital. Il m’a dit alors qu’il n’en pouvait plus de la chimiothérapie. Il ne savait plus quoi faire, Il était épuisé par la maladie, terrifié par les effets des médicaments dont on lui disait qu’ils servaient à prolonger sa vie. Je n’ai jamais vu un homme aussi sincèrement et aussi profondément terrorisé. Harris en était au point où il redoutait plus les séances de traitement que le cancer et, comme il me l’a avoué, même la mort. Il a déclaré qu’il préférerait mourir que d’avoir à subir une nouvelle séance de chimiothérapie. L’une des infirmières, qui avait entendu notre conversation, est intervenue pour dire qu’elle comprenait notre problème et elle a suggéré à Harris de fumer un peu de chanvre contre les nausées et les vomissements consécutifs à la chimiothérapie. Sa proposition nous a étonnés. Harris en avait déjà fumé avec des amis, mais il n’arrivait pas à croire que cette substance put l’aider en quoi que ce soit. Nous en avons parlé au médecin, qui nous a répondu ne pas pouvoir nous inciter à enfreindre la loi, mais qui a reconnu que bon nombre de ses jeunes patients fumaient du chanvre, laquellesemblait diminuer l’intensité de leurs nausées et de leurs vomissements. Nous avions compris le message, essayez et vous verrez bien si le chanvre vous aide ou pas. Harris était déterminé à combattre pour rester en vie et, comme il le disait lui-même, II n’avait rien à perdre ; Il a donc essayé une dernière fois de se plier à une séance de chimiothérapie, mais en veillant bien à fumer un peu de chanvre avant. Je n’avais pas beaucoup d’espoir. Lorsque Harris s’est rendu à l’hôpital pour cette fameuse séance de chimiothérapie, il avait tellement peur qu’il en a oublié le chanvre ; il m’a téléphoné de sa chambre d’hôpital pour que je la lui apporte. Je suppose que les médecins, les infirmières et le personnel de salle l’ont vu fumer, mais personne n’a rien dit. Il y avait comme une sorte d’accord tacite. Après la chimiothérapie, j’ai décidé de passer la nuit au chevet de Harris au cas ou’ il aurait besoin de moi. Mais cette fois, il n’a pas eu le moindre vomissement ; Il a dormi comme un loir. Pour la première fois en près de sept années de traitements anticancéreux, il avait dormi une nuit entière, d’un sommeil reposant. Le lendemain matin, il a carrément pris un petit déjeuner, ce qui était vraiment un miracle. Pas de vomissements, pas de nausées. Et il avait vraiment faim ! Je ne peux pas vous dire à quel point nous étions soulagés et heureux. Pourquoi ne nous l’avait-on pas dit plus tôt ? Pourquoi mon mari avait-il eu à endurer toutes ces années de vaines souffrances ?. D’habitude, Harris était malade pendant des semaines après sa chimiothérapie ; cette fois, il était d’aplomb au bout de quarante-huit heures et prêt à retourner travailler. A partir de ce moment-là, il a pris l’habitude de fumer du chanvre avant chacune de ses séances de chimiothérapie. Les résultats étaient spectaculaires. Il a commencé à reprendre une partie du poids qu’il avait perdu, et son moral s’est considérablement amélioré. Il est devenu plus actif et plein d’entrain, et nous avons commencé à faire ensemble des activités dont je ne pensais pas que nous pourrions jamais les reprendre. De toute évidence, les médecins de Harris savaient ce qu’il faisait et étaient d’accord ; je ne vois pas comment la soudaine amélioration de son état aurait pu leur échapper. Il m’est impossible de dire à quel point le chanvre a bouleversé notre vie. Avant, Harris se sentait mal tout le temps, ne pouvait pas manger, il ne pouvait même pas supporter l’odeur d’un repas que l’on prépare à la cuisine. Après, une fois qu’il a découvert ce que le chanvre pouvait faire pour lui, il est redevenu actif, il a commencé à manger à heures régulières et il pouvait être lui-même. Son humeur, ses comportements et son allure générale se sont transformés. Et bien entendu, le chanvre a prolongé son existence puisqu’il a pu continuer la chimiothérapie. IL en a fumé pendant deux ans et jamais il n’a eu de réactions indésirables ou fâcheuses. le chanvre est le médicament le moins dangereux qui ait é administré à mon mari durant ses neuf années de traitement contre le cancer. Au cours de cette période (1977-1979), Harris et moi avons appris que bien d’autres patients avaient fumé du chanvre dans la même intention que mon mari. La plupart d’entre eux en avaient entendu parler par leurs médecins, qui ne pouvaient que faire allusion au sujet sans pouvoir en discuter avec eux ouvertement et de façon approfondie. Légalement, ils n’étaient pas autorisés à leur prescrire du chanvre ou à en superviser la consommation et, pourtant, ils pouvaient prescrire des médicaments chimiothérapeutiques extrêmement toxiques, des stupéfiants dangereusement toxicomanogènes et des radiothérapies. Je me souviens avoir réfléchi à l’incohérence de cette situation. Depuis la disparition de Harry, en 1979, j’ai eu le temps de réfléchir à la mesquinerie d’une loi qui l’avait privé de son droit légal à une substance qui le soulageait vraiment de ses nausées et de ses vomissements. J’ai d’abord ressenti de la colère, puis j’ai carrément vu rouge quand je me suis rendu compte que l’on continuait de refuser ce soulagement à d’autres patients cancéreux. Je pense aux personnes d’un certain âge qui ne savent peut-être pas où trouver du chanvre ou qui ont trop peur de fumer une drogue illégale sans être suivies par un médecin. Et je pense aussi aux enfants et aux adolescents dont les parents sont confrontés à un choix déchirant : enfreindre la loi ou voir leur enfant souffrir sans pouvoir rien faire pour lui venir en aide."

Un dernier témoignage sur les vertus antiémétiques du chanvre nous a é fourni par Stephen Jay GouJd, professeur de géologie l’université de Harvard et auteur de nombreux ouvrages et essais très appréciés sur l’évolution biologique :

"Je fais partie d’une toute petite minorité de la population, un groupe de personnes très privilégiées, les premières à avoir survécu à un cancer jadis incurable. Le mésothéliome abdominal. Le traitement était constitué d’un mélange savamment dosé des trois thérapies courantes : la chirurgie, la radiothérapie et la chimiothérapie. Rien de très agréable, j"en conviens, mais avions-nous vraiment le choix ?. Toute personne qui survit à un cancer et à un traitement de cette nature - en fait quiconque a subi les agressions de certains traitements médicaux contre toute maladie quelle qu’elle soit - sait d’expérience l’importance considérable du facteur ,,psychologique". Personnellement, je suis un rationaliste de la vieille école. Je ne supporte aucune forme de mysticisme, ni Les fadaises romantiques qu’on entend dans Le sud de la Californie sur le pouvoir de l’esprit. Je suppose qu’une attitude positive et une dose d’optimisme peuvent avoir des effets salutaires sur l’état mental et se répercuter ainsi sur le corps par le biais du système immunitaire. Quoi qu’il en soit, je crois que personne ne peut nier qu’il est important de garder le moral dans l’adversité ; quand on renonce dans la tête, Le corps lui aussi abandonne souvent la bataille. (Et si la guérison n’est pas au bout du chemin, la qualité des jours, des mois ou des années qu’il reste à vivre revêt d’autant plus d’importance.) Il n’y a rien de plus décourageant, de plus destructeur pour celui ou celle qui a envie d’être optimiste - et je parle ici d’expérience - que les graves effets secondaires induits par de nombreux traitements médicaux. La radiothérapie et la chimiothérapie sont souvent accompagnées de longues périodes de nausées aussi violentes qu’incontrôlables. L’esprit commence à associé l’agent de la guérison potentielle aux pires facettes de la maladie. Les douleurs et les souffrances que provoquent ces effets secondaires sont fréquemment plus pénibles que les désagréments occasionnés par la tumeur elle-même. Quand on en arrive là, Les chances de voir le malade reprendre goût à la vie et retrouver un certain bien-être psychologique risquent de s’amenuiser, dans la mesure où le traitement semble pire que la maladie elle-même. En d’autres termes, ce que j’essaie de dire, c’est que la maîtrise des effets secondaires graves et durables de la chimiothérapie anticancéreuse ne constitue pas uniquement une question de confort du patient (même si, Dieu seul sait combien, pour celui qui souffre, la seule justification du confort suffit), mais un élément indispensable dans l’éventualité d’une guérison. Après avoir été opéré, j’ai subi une radiothérapie, une chimiothérapie, une nouvelle intervention chirurgicale et, enfin, encore une autre année de chimiothérapie. J’ai constaté que les médicaments traditionnels me permettaient de contrôler les nausées d’intensité modérée consécutives aux rayonnements. Mais lorsque j’ai entamé la chimiothérapie par voie intraveineuse (Adriamycin®), aucun, absolument aucun, des antiémétiques disponibles sur le marché ne parvenait à me soulager. Je faisais peine à voir et j’en étais arrivé au point où je redoutais les traitements fréquents avec une intensité qui frisait la perversité. J’avais entendu dire que le chanvre était assez souvent efficace contre ces nausées. Au début, j’ai un peu hésité parce que jamais auparavant je n’avais fumé quoi que ce soit de façon habituelle (et je ne savais même pas comment inhaler). En outre, j’avais essayé le chanvre à deux reprises comme tous ceux de ma génération qui avait grandi dans les années soixante, et l’expérience m’avait paru détestable. (Je suis assez puritain pour ce qui est des substances qui, de toute façon, engourdissent ou altèrent les états mentaux, car je tiens à mon esprit rationnel avec une arrogance sans bornes. Je ne bois pas une goutte d’alcool et je n’ai jamais fait des drogues un usage récréatif comme on dit.) Mais j’aurais fait n’importe quoi pour éviter les nausées et les désirs pervers qu’elles provoquaient chez moi de mettre fin au traitement. Le reste de mon histoire sera bref, mais c’est le meilleur morceau. le chanvre a marché à la perfection. Je n’aimais pas trop l’,,effet secondaire" de vague confusion mentale (le principal effet recherché par les usagers récréatifs), mais le seul bonheur d’être enfin libéré des nausées (et de ne pas avoir à les craindre entre les traitements) a été pour moi le meilleur coup de fouet moral que j’aie reçu au cours de toute mon année de traitement, et je suis certain que cette découverte a joué un rôle très important dans ma guérison, car j’ai fini par guérir. Je n’arrive vraiment pas à comprendre (et je suis pourtant de ceux qui se targuent de pouvoir comprendre des tas de choses, y compris une grande partie des bêtises dites autour de moi) comment une personne ayant un tant soit peu d’humanité peut refuser une substance aussi bénéfique à des gens qui en ont un tel besoin, tout simplement parce que d’autres en font des usages différents".

Depuis 1985, les cancérologues ont légalement l’autorisation de prescrire du THC de synthèse par voie orale sous forme de capsules (Marinol®) ; près de cent mille doses ont été prescrites en 1989. Mais on peut penser que le chanvre inhalé est préférable, et ce pour plusieurs raisons. Le passage du THC ingéré par voie orale dans la circulation sanguine se fait de façon irrégulière et lente. En outre, un patient qui souffre de violentes nausées et qui vomit en permanence risque de ne pas pouvoir garder le médicament dans l’estomac. En 1979, Alfred Chang, du National Cancer Institute, a réalisé une étude portant sur quinze patients atteints d’un cancer osseux, pour comparer les effets antiémiétiqucs du delta-9-THC par voie orale et fumé, avec des placebos correspondants (30) Les patients servaient eux-mêmes de témoins. De toute évidence, le THC contribuait à réduire les nausées et les vomissements : 72 % des patients souffraient de nausées et de vomissements quand ils ne prenaient que le placebo. Lorsque la concentration de THC dans leur sang était basse, 44 % d’entre eux souffraient de nausées et de vomissements ; à concentrations modérées, ce pourcentage tombait à 21 %, alors qu’il n’était que de 6% lorsque la teneur en THC était élevée. Ainsi, l’efficacité du THC dépend de la quantité qui passe dans La circulation ; les responsables de l’étude ont pu montrer que Le THC fumé était absorbé de façon plus fiable (31). La plupart des patients préfèrent fumer le chanvre que d’ingérer des capsules de THC, qui les rendent anxieux et mal à l’aise. Cela tient en partie au fait qu’il est difficile de titrer la dose de THC par voie orale pour contrôler la quantité de produit qui passe dans le sang et arrive au cerveau. D’après une autre hypothèse, formulée celle-là par un groupe de chercheurs péruviens, le cannabidiol, l’une des nombreuses substances contenues dans la fumée de chanvre, réduirait l’anxiété provoquée par le delta-9-THC . Ainsi, il est possible que le chanvre fumée soit à La fois plus efficace et plus agréable que Le THC par voie orale. Nous avons déjà constaté que les patients inscrits dans Les programmes de recherche menés dans Les différents états américains au début des années quatre-vingt avaient presque tous fait état de leur préférence pour le chanvre fumée. Au printemps 1990, deux chercheurs ont choisi au hasard plus de deux mille membres de la American Society of Clinical Oncology (soit un tiers des membres) et leur ont adressé un questionnaire anonyme pour savoir ce qu’ils pensaient de l’usage du Chanvre dans la chimiothérapie anticancéreuse. Près de la moitié des personnes interrogées ont renvoyé le questionnaire. Tout en admettant avoir travaillé sur la base d’un échantillon qu’ils avalent eux-mêmes constitué et reconnu que, de ce fait, les réponses étaient peut-être faussées, les chercheurs ont obtenu des résultats qui donnent une bonne idée générale de ce que pensent les spécialistes de l’usage du Marinol et du chanvre fumée. Les personnes interrogées n’ont été que 43 % à déclarer que les médicaments antiémétiques (dont Le THC de synthèse administré par voie orale) soulageaient correctement La totalité ou la plupart de leurs patients, et moins de 46 % ont dit que les effets secondaires de ces substances posaient un grave problème à quelques-uns seulement de leurs malades ; 44 % ont avoué avoir recommandé au moins un de leurs patients de recourir illégalement au chanvre, et la moitié ont déclaré qu’ils en prescriraient à certains de leurs malades si la drogue était légale. En moyenne, les personnes interrogées ont dit trouver le chanvre fumée plus efficace et à peu prés aussi sûre que le THC de synthèse administré par orale (33) L’une des conséquences fâcheuses de l’illégalité du chanvre tient au fait que les patients sous chimiothérapie n’ont souvent d’autre choix que de se débrouiller tout seuls pour apprendre à utililser cette substance. Ce n’est pas aussi simple que d’avaler un comprimé ; il peut falloir une certaine préparation et des instructions, non seulement pour obtenir l’effet recherché mais aussi pour éviter les effets indésirables. Or, c’est un fait que même les cancérologues qui se déclarent prêts à prescrire du chanvre si elle devient légale en ignorent tout, Le plus souvent lors d’une première consommation de chanvre, on peut ressentir une certaine anxiété, voire un sentiment de paranoïa, surtout quand on ne sait pas à quoi s’attendre et qu’on ignore comment titrer la dose. Il convient de soigneusement expliquer les effets psychostimulants du chanvre afin que les malades ne soient pas désarconnés. Nombreux sont ceux à qui il faudra expliquer la technique à suivre pour fumer. Une fois que l’on aura accepté le chanvre dans le traitement des nausées et des vomissements, rares sont les patients qui auront des difficultés à l’utiliser ou hésiteront le moins du monde à le faire.

Article modifié le jeudi 31 juillet 2003 17:08, Date de parution jeudi 31 juillet 2003 17:07

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