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Le cannabis : Positions pour un régime de politique publique pour le Canada

Comité spécial du sénat sur les drogues illicites

C’est comme tout un chacun que les membres du Comité spécial du Sénat sur les drogues illicites ont abordé la question des drogues. C’est-à-dire avec les mêmes préconceptions, avec les mêmes attitudes de base, les mêmes craintes, les mêmes angoisses. Certes, nous disposions de l’étude que plusieurs de nos collègues avaient faite en 1996 du projet de loi du gouvernement sur les drogues illicites qui leur avait permis d’entendre plusieurs témoins durant quelques mois. Et nous savions aussi, en commençant ce travail, que nous disposerions de l’expertise de chercheurs. Mais qu’on ne se fasse pas d’illusion : il demeure difficile de dépasser les attitudes et opinions longtemps tenues pour acquises. Qu’on soit tenant d’un contrôle pénal renforcé ou tout au contraire d’une libéralisation plus grande, les opinions ont tendance à résister aux faits. D’autant plus que, dans un domaine comme celui-ci, la production des faits, même par la recherche scientifique, n’est pas nécessairement neutre. Il s’ensuit donc que nous aussi, comme vous, nous avons nos préjugés et nos préconceptions. Et que nous devons, ensemble, faire l’effort de les dépasser. C’est l’un des objectifs que poursuit ce rapport.

Nous proposons un régime de politique publique qui tente de traduire la thèse fondamentale qui sous-tend notre rapport. Cette thèse est la suivante : dans une société libre et démocratique qui reconnaît fondamentalement mais non exclusivement la primauté du droit comme source de règles normatives, et où la puissance publique doit le plus possible favoriser l’autonomie et conséquemment utiliser avec parcimonie les outils de contrainte, une politique publique sur les substances psychoactives doit s’articuler sur des principes directeurs respectant la vie, la santé, la sécurité et les droits et libertés de chaque individu qui, naturellement et légitimement, recherche son bien-être et son épanouissement, et a la capacité de reconnaître la présence, la différence et l’équivalence de l’autre.

Nous sommes conscients, tout autant qu’au début de nos travaux, qu’il n’existe pas de consensus préétabli dans la société canadienne sur les choix de politiques publiques en matière de cannabis. En fait, nous avons constaté qu’il y a peu de sociétés où existe un consensus largement partagé dans la population et entre la population et les décideurs. Nous sommes conscients, plus encore peut-être qu’au début de nos travaux, que la question du cannabis, vue sous l’angle des politiques publiques qui la gouvernent, s’inscrit dans un contexte international plus large et que nous ne saurions penser ni agir comme si nous étions isolés. Nous sommes conscients, enfin, que nos propositions bousculeront plusieurs préjugés et rencontreront des résistances. Nous pensons cependant que la société canadienne aura la maturité de les recevoir et de les étudier à leur mérite.

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Article modifié le mardi 19 octobre 2004 22:49, Date de parution mardi 7 septembre 2004 12:05

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