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Le débat part en fumée

2003/06/17 - 24 Heures

Cannabis Le conseil national devait aborder la question de la dépénalisation aujourd’hui. Hier, il a décidé de reporter la discussion aux calendes grecques.

Le conseil national reporte une nouvelle fois le débat sur la dépénalisation de la consommation de cannabis. Par 84 voix contre 72, il a refusé hier d’aborder lors de cette session la révision de la loi sur les stupéfiants, adoptée par le Conseil des Etats en décembre 2001.
Faute de temps, le National n’avait déjà pas pu entamer la discussion lors de la session spéciale de mai. Face à la charge de travail - 2e révision de la loi sur l’assurance maladie (LAMal) et réforme de la péréquation financière - qui attend encore les députés lors de la dernière semaine de la session d’été, le bureau de la chambre du peuple a proposé de renvoyer encore le débat, vraisemblablement en septembre.
Christian Waber (UDF, BE) a critiqué cette option. Selon lui, en raison des tactiques électorales, le dossier risque d’être reporté jusqu’en décembre, voir l’an prochain. "Qui a peur de la révision de la loi sinon les partis bourgeois qui n’arrivent pas à faire leur choix", a-t-il lancé. Pour cet opposant à la dépénalisation, il était essentiel de lancer le débat encore pendant cette session.

Scinder le débat
Il se peut parfaitement que le National refuse d’entrer en matière, a-t-il estimé. Sa proposition de scinder le débat en deux et de traiter, en cas d’entrée en matière, le détail de la révision en septembre a reçu le soutien des autres partis bourgeois. Elle a passé la rampe dans un premier temps par 101 voix contre 54.
Cette solution permet de donner la priorité à la réforme de la péréquation financière, déjà entamée, et à la 2e révision de LAMal, a déclaré Jean-Michel Cina (PDC, VS). Mais la gauche, favorable à la dépénalisation, ne l’entendait pas de cette oreille.
Fractionner le débat est un tour de passe-passe, s’est insurgée Cecile Bühlmann (Verts, LU). Les spécialistes, les cantons et l’opinion publique attendent une décision du Conseil national, a renchéri Ruth-Gaby Vermot (PS, BE).
Face au refus du Conseil de mener le débat dans son intégralité en juin, le camp rose-vert s’est retourné contre la « demi-mesure » préconisée par M. Waber. Avec le soutien d’une parti des radicaux alémaniques, favorables eux aussi à la dépénalisation, il a fait capoter cette option.

Une décision bizarre

ECLAIRAGE Ce report stupéfiant serait dû à un changement de climat politique. Les parlementaires ont-ils fumé la moquette ? Pour la deuxième fois en deux mois, le Conseil national vient de shooter de l’ordre du jour le débat sur la dépénalisation de la consommation de cannabis. Une décision stupéfiante, dans la mesure où tout le monde (consommateurs, policiers, parents, enseignants, etc.) attend que Berne tranche enfin sur ce dossier.
Comment expliquer que le Conseil national peine à faire le joint avec le Conseil des Etats ? Tout simplement parce que le climat politique a changé. L’an passé, les sénateurs ont nettement approuvé la décriminalisation de la consommation d’herbe. Un vote assez étonnant dans la mesure ou la Chambre Haute est conservatrice. Depuis lors, les opposants ont donné de la voix. Hier, devant le palais fédéral, les élus recevaient des tracts libellés comme suit : "Ne devenez pas des pourvoyeurs de drogue !".
Le PDC et les radicaux, qui à l’origine étaient favorables à une dépénalisation, sont désormais partagés. Et ils répugnent à étaler leurs divisions avant les élections fédérales sur un sujet auss émotionnel. On leur prête même l’intention de jouer une nouvelle fois la montre en septembre. Ce serait un beau gâchis face à l’opinion et une absurdité politique. Les citoyens ont le droit de savoir avant les élections ce que pensent les candidats des partis sur un sujet aussi complexe que captivant.

Article modifié le lundi 7 juillet 2003 13:34, Date de parution mardi 17 juin 2003 00:00

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