Le défi d’un gréement 100 % en chanvre
Les Rochefortais feront appel aux Suédois pour ce colossal chantier.
« Un chantier complexe et déterminant ». Voilà comment Jean-François Fountaine, à la tête du comité d’experts de l’« Hermione », a présenté samedi le futur chantier du gréement de l’« Hermione ».
www.sudouest.fr 8 novembre 2010 06h00 | Par

Rappelons simplement ce qu’est le gréement sur un navire : il s’agit des cordages qui tiennent le mât d’une part et qui permettent de gréer les voiles d’autre part.
Sur l’« Hermione », il faut ainsi compter 1 500 pièces de gréement. Soit au total 24 kilomètres de cordage, 16 tonnes de matériaux et 11 000 heures de travail. C’est dire si le chantier est colossal. Mais là n’est pas le plus remarquable. Comme toujours avec « l’Hermione », il faut s’attendre à quelques surprises. Et cette fois encore, le moins que l’on puisse dire c’est que les experts n’ont pas fait le choix de la facilité.
Le choix du textile
Contrairement à ce qui avait été envisagé au départ, le gréément de l’« Hermione » ne sera pas en acier mais bel et bien en chanvre, exactement comme à l’époque de sa construction au XVIIIe siècle. La solution d’un gréement en acier aurait été la plus simple. Des voiliers historiques à l’image du « Belem » ou du « Grand Turk » ont bien dérogé à la règle. Mais selon certains, il fallait tout de même explorer la piste de la fibre 100 % naturelle. À la tête des partisans du chanvre, Laurent Da Rold en charge de suivre le chantier de « l’Hermione » dans sa globalité et notamment de veiller au bon respect du cahier des charges. Après de nombreuses recherches et une navigation à bord du « Götheborg », voilier suédois très proche de l’« Hermione », sa religion était faite.
Restait à convaincre les sceptiques. « Nous étions, à commencer par moi-même, très dubitatifs au départ. Mais le rapport de Laurent Da Rold a été très favorable au chanvre. Le conseil d’administration a fini par voter pour ce choix », raconte Jean-François Fountaine. Un « oui » à une condition : confier le chantier à des spécialistes.
Marché suédo-rochefortais
Or, en France où la filière du chanvre a quasiment disparu, aucune entreprise n’aurait pu relever le défi. C’est donc vers la Suède que les Rochefortais se sont tournés. Samedi matin, les deux dirigeants de JB Rigger, l’entreprise suédoise qui a réalisé intégralement le gréement du « Götheborg », avaient fait le déplacement à Rochefort pour signer le nouveau marché en présence d’un parterre de partenaires et de personnalités.
Mais si le choix de l’association s’est porté sur une entreprise 100 % suédoise, le futur chantier n’en sera pas moins très local. Le contrat prévoit en effet que les Suédois viennent former sur place des Rochefortais. « Il y aura bien sûr un transfert local de compétences. C’est bien à Rochefort que sera créé le chantier. Depuis le début de cette aventure, nous tenons à notre vocation de nurserie et à faire perdurer les filières », a rappelé samedi matin Benedict Donnelly, président de l’association Hermione-Lafayette.
En Europe de l’Est
La future équipe est attendue pour le mois de mai 2011. La plus grande partie du travail de matelotage et d’assemblage sera réalisé sur place et visible par les visiteurs. La fabrication des cordes en elle-même ne se fera pas en revanche en France. Pour l’heure, il est prévu que les gréeurs s’approvisionnent en Europe de l’Est où il existe encore des corderies et des filières du chanvre. À défaut de retransformer sa Corderie royale en manufacture (ce qu’elle fut il y a plus de deux siècles) Rochefort va redevenir pour un temps un haut-lieu de la fabrication de cordes en chanvre.










