Le paradis des papillons est aussi celui du chanvre agricole
Chiètres - Pour accéder au Papiliorama, les visiteurs doivent emprunter un chemin longeant 20’000 m2 de plants de chanvre particulièrement odorants par beau temps. La cohabitation est sereine, malgré les ennuis judiciaires rencontrés par le propriétaire du champ.
C’est la première chose que l’on remarque en arrivant au Papiliorama de Chiètres : une grande enseigne "Hanfland" projetant son ombre sur le parking. Le visiteur interloqué, qui pensait arriver au paradis des papillons tropicaux, se retrouve au "pays du chanvre". Très vite, l’odeur caractéristique de la plante le prend aux narines.
Et pour cause : s’il veut accéder aux jardins tropicaux, il est obligé d’emprunter le petit chemin qui longe les quelque 20 000 m2 de cultures du chanvrier Friedrich Schwab. Pas moyen non plus d’éviter le point de vente de SanaSativa, la société commerciale de l’avocat du chanvre Jean-Pierre Egger, dont les présentoirs occupent l’espace bordant le champ. On y trouve de nombreux produits dérivés, allant du "coussin de repos" aux tisanes en passant par le dentifrice au chanvre.
Pour les promeneurs, on a aménagé un "sentier santé" serpentant à travers les plants de chanvre. "De nombreuses personnes âgées viennent régulièrement ici", confie une collaboratrice de SanaSativa. Mais on a aussi pensé aux enfants : un petit espace de jeux leur est destiné, à l’ombre des cultures odoriférantes...
Calmer médor
Ces effluves capiteux, de même que les baumes extraits de ce "chanvre médicinal" certifié bio, auraient un effet bénéfique à tous points de vue. Et pas seulement sur les humains, à en croire une publicité parue dans le journal Le Républicain : "J’ai déstressé mon chien avec du chanvre", y affirme Ann P., de Wil (SG).
La justice fribourgeoise, elle, reste sur les dents. Sous contrat avec SanaSativa depuis une année, Friedrich Schwab en a fait l’expérience. En janvier 2004, le Tribunal d’arrondissement du district du Lac le condamnait à 14 mois de prison avec sursis pendant deux ans et à 40 000 francs d’amende pour avoir cultivé du chanvre dont la teneur en THC dépassait les 0,3% autorisés. En août, la police faisait une nouvelle perquisition (La Liberté du 5 août).
Pas pour la fumette
Problématique quand on sait que le Papiliorama voisin est un véritable aspirateur à touristes, qui voit défiler notamment de nombreuses courses d’école. Friedrich Schwab -qui affirme être sans nouvelles des autorités en ce qui concerne la saisie opérée en août dernier - calme le jeu : "Mon champ a surtout une fonction d’information du public. Les plantes saisies par la police provenaient du stock de SanaSativa. Il n’y avait pas que du chanvre produit à Chiètres là-dedans".
Il affirme en outre que son chanvre agricole ne dépasse jamais les 3% de THC, ce qui le rend peu attractif pour les amateurs de fumette. Mais on est tout de même au-delà des 0,3%, non ? "Cette limite ne signifie rien. Tout dépend de l’utilisation que l’on fait du chanvre". Thèse corroborée par une décision récente du Tribunal cantonal, qui avait ordonné la restitution d’une récolte de chanvre, dont le taux de THC dépassait légèrement les 0,3%, à un paysan broyard qui souhaitait l’utiliser comme fourrage pour son bétail.
Pas de querelles de voisinage à signaler
Au Papiliorama, on prend les choses avec philosophie. "Monsieur Schwab est chez lui, il fait ce qu’il veut", résume Caspar Bijleveld, directeur des jardins tropicaux. Il concède toutefois qu’il aurait apprécié que le chanvrier lui demande son avis avant de monter, en collaboration avec SanaSativa, ce grand bazar du chanvre agricole à deux pas de ses jardins tropicaux. "Surtout qu’il profite largement du passage des visiteurs du Papiliorama !" Mais le directeur se refuse à donner des leçons de morale : "Tant que c’est légal, je ne peux rien faire contre ça. Et je n’ai rien à reprocher au chanvre agricole".
Du côté des autorités locales et des responsables touristiques, le sujet suscite généralement des silences gênés et l’aveu d’une certaine "surprise" devant la visibilité affichée par les amis du chanvre. En clair : on se passerait volontiers de cette publicité controversée, mais on fait avec, tant que la justice ne trouve rien à y redire. Et les visiteurs du Papiliorama ? Jusqu’à présent, il n’y a pas eu de plaintes ni d’incident grave, malgré une fréquentation importante et très familiale (quelque 170 000 visiteurs en 2003, ndlr). D’aucuns invoquent une certaine évolution des mentalités pour expliquer cette attitude conciliante.










