Les autorités valaisannes : « Nous laisserons mourir Bernard Rappaz »
La conseillère d’Etat valaisanne Esther Waeber-Kalbermatten (soc.) a remis le chanvrier Bernard Rappaz en prison. « Je l’appelle à ne pas entamer une nouvelle grève de la faim. Il a une famille et ne doit pas jouer avec sa vie », a affirmé la politicienne.
Il vaut mieux mourir que de continuer a soutenir un système aussi mensonger.
Retour à la case prison pour Bernard Rappaz
<img2451|left> Le Matin.ch- le 21 mai 2010, 22h15 Joël Cerutti
Bernard Rappaz a été de nouveau incarcéré hier. Le chanvrier peut recommencer sa grève de la faim, les autorités valaisannes avertissent qu’elles le laisseront aller jusqu’au bout…
Cette fois, Esther Waeber-Kalbermatten (soc.) ne se laissera plus attendrir. Si Bernard Rappaz recommence une grève de la faim en prison, elle ira jusqu’au bout de l’épreuve de force. « S’il refuse toute réanimation, je respecterai sa volonté et je le laisserai mourir », a lâché la cheffe du Département de la sécurité, des affaires sociales et de l’intégration hier devant la presse.
La conseillère d’Etat socialiste a prouvé sa fermeté vis-à-vis de Bernard Rappaz. Elle l’a remis en prison avec quelques jours d’avance (lire encadré). « Il avait été libéré pour des raisons de santé. En regardant l’émission « Mise au point » sur la TSR, j’ai remarqué qu’il allait nettement mieux, qu’il était capable de travailler. Les conditions pour sa liberté n’étaient plus remplies », nous détaille Esther Waeber-Kalbermatten.
Régime de faveur
Condamné à une peine de 5 ans et 8 mois pour violation grave de la loi sur les stupéfiants et blanchiment d’argent, Bernard Rappaz avait d’emblée annoncé qu’il y aurait bras de fer. Dès son incarcération, il a entamé une grève de la faim. Le 8 mai, après 49 jours, devant son état de santé, Esther Waeber-Kalbermatten a pris la décision de suspendre sa peine pour 15 jours. L’avocat de Bernard Rappaz, Me Aba Neeman, a aussitôt plaidé pour 35 jours supplémentaires. Demande rejetée, fini « le régime de faveur ». Me Neeman aimerait que son client bénéficie d’un régime… de semi-liberté. « Ce n’est jamais à un détenu de proposer ce qu’il veut comme peine, réplique Esther Waeber-Kalbermatten. Pour entrer en matière sur une semi-liberté, il faut que le détenu ait purgé la moitié de sa peine avec un bon comportement. On ne peut pas dire que ce soit le cas avec une grève de la faim ! » commente la conseillère d’Etat. Me Neeman déposera dans ces prochains jours une demande en grâce auprès du Grand Conseil valaisan. « Ce n’est pas la première fois qu’une telle demande est présentée, elle avait alors été refusée. Mais je ne peux pas me prononcer sur cette question », tranche la conseillère d’Etat.
Depuis le 10 mai, en Valais, les partis de droite, voire certains juges, se sont emparés de l’affaire Rappaz, dénonçant le laxisme de la socialiste. Hier, tous ont applaudi des deux mains le retour de Bernard Rappaz à la case prison. « Il n’y a pas à avoir de favoritisme par rapport à un comportement nuisible aux yeux du grand public », attaque Georges Tavernier, président du PLR. « Nous trouvions insupportable que ce monsieur puisse narguer tout le monde depuis sa ferme », renchérit Michel Rothen, président du PDCVr. Oskar Freysinger, président de l’UDC du Valais romand, y voit « un excellent signal donné à notre jeunesse ». « On ne peut pas vendre des drogues et ensuite jouer avec la justice », complète-t-il. Jean-Henri Dumont, président du Parti socialiste du Valais romand, met un fort bémol à ces affirmations. « Les gens de droite, notamment le PDC, ont la mémoire courte. En 2002, Bernard Rappaz avait déjà entamé une grève de la faim. Au 78e jour, Jean-René Fournier, conseiller d’Etat PDC, avait suspendu l’application de la peine pour un mois ! Le seul perdant, dans cette histoire, c’est le maître chanteur Rappaz, qui ne cesse de jouer avec sa santé. »
Bernard Rappaz arrêté par surprise
Bernard Rappaz a été embarqué par surprise. Hier matin, vers les 7 heures, la police l’a cueilli sans lui laisser le temps de prendre ni ses lunettes, ni sa brosse à dents et encore moins ses chaussures avec attelles. « Je devrai les lui apporter en prison, mais, pour le moment, personne ne sait où Bernard Rappaz se trouve », témoignait hier, vers les 10 heures, son ami Boris Ryser.
Hier, Bernard Rappaz aurait même planifié un rendez-vous en France voisine chez un dentiste ! Boris Ryser estime que cette arrestation anticipée empêche les autorités et la droite valaisannes « d’être ridicules ». « C’est surtout pour éviter que Bernard Rappaz soit de nouveau maître du théâtre », nous explique-t-il.
Le 16 mars dernier, alors qu’il devait se présenter à la prison sédunoise des Iles, Bernard Rappaz s’était médiatiquement promené dans tout le canton. La police cantonale avait fini par l’appréhender, de façon discrète, presque « sympa », le 20 mars.
44 commentaires sur Le Matin.ch
SOLIDARITE AVEC BERNARD RAPPAZ













