Nuit de défonce dans la montagne
DROGUE - Une association lausannoise s’occupe de prévention dans les soirées technos en Romandie.
Officiellement, les lieux ont été loués pour un anniversaire. Mais l’entrée coûte 25 francs, et les bonbons qui circulent ici sont d’un genre très particulier. Nous sommes le samedi 25 septembre, dans une clairière partiellement abritée par une couverte, à quelques kilomètres de Torgon (VS). Il fait nuit et des gouttelettes de bruine glacée transpercent les sapins pour venir mourir dans la lumière fluorescente orange, verte et jaune qui éclaire le terrain. Les pulsations de la musique techno font vibrer le sol spongieux recouvert de brindilles avant de s’évanouir dans la montagne.
Ils sont 150, peut-être 200 à se laisser porter par le rythme électronique, emmitouflés dans des parkas et des châles en laine. Venus en voiture des quatre coins de la Suisse et de France voisine, beaucoup n’ont pas 20 ans. Beaucoup ont "consommé". Amphétamines, LSD, ecstasy, MDMA (composante de l’ecstasy) pure en cristal, cocaïne, champignons hallucinogènes. Du chimique et du naturel, à 20 francs la dose environ. Tabac, bière et cannabis en accompagnement.
Au stand de Prevtech, une association lausannoise qui s’occupe de prévention dans les soirées technos en Romandie, on en a vu d’autres. Cette rave est une soirée "Goa", d’inspiration peace and love. Malgré les drogues qui court-circuitent les cerveaux, aucune agressivité n’est perceptible. Une jolie brune au sourire mielleux s’approche en sautillant, fait mine de s’intéresser aux brochures d’information sur les substances étalées sous une bâche. Ses yeux cerclés de khôl ont un éclat étrange. "J’ai pris une ecsta, après je prendrai des champis. Et s’il y a de la cocaïne, j’en prendrai aussi", déclare-t-elle avec un air gourmand.
"Tester le matos"
Son copain demande si le stand a de quoi "tester le matos". On lui explique que le drug checking n’est pour l’instant autorisé qu’à Berne et à Zurich. Comme la plupart des consommateurs, il voudrait pouvoir connaître le contenu de ce qu’il sniffe ou avale. Et puis il trouve important que des bénévoles soient là, juste pour parler. "En cas de mauvais trip, c’est bien que les gens soient entourés", acquiesce Lou. Lou a un regard très doux. A 18 ans, elle est revenue de loin. Du crack dont elle a dû décrocher. Aujourd’hui, elle fait de la prévention et suit une formation pour devenir croque-mort.
Descente vers l’enfer
Aux premières heures du matin, la pluie menace de se transformer en neige. Mais les pulsations électroniques continuent et les DJ se succèdent. De grands chiens apeurés tournicotent entre les danseurs. Une odeur de bois brûlé émane des brasiers finlandais qui entourent le terrain.
Au stand de Prevtech, les âmes meurtries se confient. "Je peux rester discuter avec vous ? ça me calme", demande un jeune homme. Il a 23 ans et une belle gueule sous son capuchon. Il est nerveux, parce que "ça monte trop vite". Sa mâchoire est crispée. Il dit avoir pris deux rails de "speed" (amphétamine), un "buvard" (LSD) qui "fait voir la vie en mieux" et une pilule d’ecstasy. "Dans les prochaines heures, ça va être la descente vers l’enfer", assure-t-il. Il n’a aucune idée, en réalité, de ce que contenait la poudre qu’il a consommée.
"C’est une grande famille"
Drapé dans son manteau noir, James, un bénévole de 25 ans, contemple le manège en habitué. Avant, il était dealer et "testait" lui-même son "matériel". Il ramenait 2000 francs par soirée. On l’a dénoncé. Il a fait deux mois de préventive avant un jugement clément. Derrière ses lunettes, il reconnaît immédiatement ceux qui vendent et ceux qui achètent. "Ici, les dealers consomment aussi. C’est une grande famille". Il trouve que les jeunes d’aujourd’hui ne sont vraiment contents "que lorsqu’ils sont complètement chiés. Pour certains, c’est une compétition : à qui prendra le plus de pilules".
Bad trip. A côté de James, un jeune homme en pull bleu ciel s’est endormi sur une chaise, la bave aux lèvres. Il se réveille brusquement, dans une panique totale, se frappe la poitrine avec ses poings. On lui cherche une couverture. Il va très mal. Aucun encadrement médical n’accompagne cette soirée, officiellement non autorisée, dont seuls les sapins seront les témoins.
Il est 6 heures du matin et la fête bat son plein. Elle est prévue pour durer jusque dans l’après-midi. A quelques kilomètres de là, le village de Torgon est endormi sous la pluie, loin de se douter de la teneur réelle de cet anniversaire. Dans quelques heures, les habitués se rendront au bistrot du coin. Comme la veille au soir, ils commenteront la "disco" devant un verre de fendant, pour l’apéro du dimanche.
A savoir
L’association Prevtech pratique la prévention par les "pairs", à savoir des jeunes issus du milieu techno qui ont déjà consommé des drogues. Elle recherche des membres actifs ainsi que des membres de soutien.
Bonjour à Tous !
Quelques précisions concernant l’article paru dans le Matin Dimanche du 3 octobre 2004. Les propos tenus n’engagent que leurs auteurs, et ne correspondent en aucun cas au discours du comité de l’association Prevtech.
Prevtech a pu en cinq ans créer de relations de confiance avec les organisateurs et a su se faire accepter même dans des soirées illégale. Soirées où il et d’autant plus important d’être présent, surtout que nous sommes les seuls. Certaines informations divulguées par rapport aux organisateurs compromettent gravement la relation de confiance avec ces derniers ! C’est totalement indépendant de notre volonté et nous le regrettons !
La prévention par la pairs ne veut pas dire ancien consommateur de drogue ! Les membres actifs sont issus du milieu techno et sont sensibles à la prévention des consommations. Et, seuls quelques membres sont d’anciens consommateurs. Plus de détails sur le concept de la prévention par les pairs sous association\dossier présentation\organsisation...
De plus, nous tenons à préciser que le Drug checking ne vise pas à donner "une drogue propre" aux consommateurs, le contrôle des produits est un outil pour entrer en contact avec le public et créer un cadre à des entretiens personnalisés qui permettent d’aborder des questions délicates. En second lieu, le drug checking permet de réduire les dommages sanitaires liés à l’absorbtion de produits frelâtés ou surdosés. L’analyse de produit prend du sens que accompagné par des mesures de prévention !
Il est aussi à souligner que lors de l’enquête réalisée en 2004 avec le SUPEA seulement 36% des personnes intérrogées (302 questionnaires) présentent un profil de forte polyconsommation.
S’il est vrai que Prevtech lutte pour pratiquer le Drug Checking, il a été omis de dire que dans le but d’informer et de susciter le débat, une conférence a été organisée le 30 septembre 2004 au Casino de Montbenon. Lors de celle-ci, l’ensemble des résultats de l’enquête dans le milieu techno ont été présentés ainsi que les activités de Prevtech, Jean-Dominique Michel socio-anthropologue a évoqué les usages de drogues au travers des civilisations et le rapport de l’Homme à la musique, le Dr. Michel Hautefeuille a présentés les thèses présentées dans son livre "Drogues à la Carte" aux éditions Payot. Nous vous invitons à le lire pour mieux comprendre la relation de la société actuelle face aux produits chimiques... Afin de présenter l’aspect pratique du Drug Checking conjoint à des mesures de Prévention, le stand Pilot P (Prévention et Drugchecking en milieu festif, projet du Réseau Contact de Berne avec le laboratoire d’analyses HPLC mobile du Pharmacien cantonal bernois) était présent, ainsi que Alexander Bücheli du Streetwork "Ambulante Drogenhilfe des Stadt Zürich" qui nous a présenté les projets saferparty et safer-clubbing. Luc Recordon, Conseiller National, nous a apporté quelques éclairages d’un point de vue juridique.
A cette occasion, Prevtech a rédigé un argumentaire relatant les nouvelles tendances de consommation et afin de proposer quelques pistes de travail. Celui-ci sera prochainement disponible sur le Net et nous relaterons aussi plus en détails le contenu des interventions dans association.
Alexandra, Présidente










