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Shit happens : Résister au retour de la répression

Depuis le refus d’entrée en matière du Conseil National, presque tous les cantons appliquent une vision très restrictive de la loi sur les stupéfiants. Il ne reste pratiquement plus de magasins du chanvre pour vendre des tisanes, des sachets odorants et autres taller en résine. Certains cantons interdisent aussi la vente de graines et de boutures ou même d’engrais et de lampes, produits pourtant légaux. La police des trains fait la chasse à la boulette, les stups agissent sur les festivals et les parades, les contrôles routiers se multiplient... D’une situation de quasi-légalité, nous sommes revenus aux heures noires de l’intolérance. De rudes condamnations frappent les chanvriers, les boutiques ferment, les consommateurs perdent leurs permis de conduire et payent des grosses amendes. Il faut changer d’attitude, l’époque n’est plus cool.

Toujours la vieille Lstup :
Il faut bien se souvenir que la loi n’a pas changé, ni en bien, ni en mal. Il a toujours été interdit de consommer du chanvre comme stupéfiant. Il est toujours légal de cultiver et de posséder du chanvre sans aucune limite de THC, à condition qu’il ne soit pas utilisé comme stupéfiant. Toute extraction ou concentration de chanvre supérieure à 0,3 % de THC est illégale. Les cantons latins sont très stricts, les cantons germaniques durcissent leur politique, notamment à Zurich.

En conséquence, vous ne devez pas accepter de signer une déposition concernant une consommation de stupéfiant quand vous utilisez du chanvre (sous toutes ses formes) pour vous enivrer, à titre thérapeutique ou pour tout autre usage. Pas plus que vous ne devez reconnaître de possession de marijuana pour des fleurs de chanvre suisse. Ces termes désignent exclusivement un narcotique addictant et du chanvre mexicain. Ils sont abusivement utilisés dans la Lstup, profitez de la faille. La Coordination Suisse du Chanvre et Legalise it ! diffusent un document bien pratique pour connaître les bons réflexes avec les autorités. Tout consommateur qui se respecte doit l’avoir lu et compris.

Autoproduction et possession à la maison
Il est toujours légal de cultiver du chanvre à titre ornemental, donc de vendre des boutures à cet usage. Ce type de culture ne peut être invoqué pour des usines à « one top » indoor mais convient parfaitement à quelques plantes sur le balcon ou dans le jardin. C’est à la police de prouver que vous destiniez ces plantes à un usage stupéfiant. Vous devez le contester puisque le chanvre n’est pas un stupéfiant et que vous n’en faites qu’un usage légal épisodique, voir vous comptiez le jeter au compost en fin de saison. Si vous n’avez pas d’antécédent stups, vous n’êtes pas attaquable.

Il est aussi possible d’invoquer le droit coutumier, reconnu par la constitution, de se soigner avec les produits de la montagne et de son jardin. Dans le cadre du strict cercle familial, un adulte peut consommer les plantes qu’il récolte s’il estime qu’elles influencent favorablement sa santé. Cette tradition suisse de l’automédication naturelle permet de contourner le retrait du chanvre de la liste des médicaments. Elle ne couvre que la possession d’une quantité raisonnable et la consommation des adultes au domicile familial.

Tout le monde peut tomber
La grande majorité des consommateurs suisses ne connaît pas les règles indispensables pour éviter les embrouilles du marché noir. Beaucoup croient que la consommation est dépénalisée de fait, que la police ne chasse que les dealers multi-produits, qu’elle ne se déplace pas pour cinq plantes, pour moins d’un kilo, de deux lampes, d’un business pro ... Légendes urbaines. En fait, l’occasion fait le larron. La police et la justice ne s’intéressent qu’à ceux qui n’ont pas été assez discrets. Cela fait déjà trop de travail, seuls les plus virulents, malchanceux ou visibles tombent à chaque fois. Quelques grammes peuvent déclencher une série d’emmerdements aux conséquences imprévisibles. La prudence s’impose à nouveau.

Les murs ont des oreilles
Il faut être beaucoup moins bavard au Natel, dans les mails, les sms et même sur les chats. Il faut être plus discret dans la rue, les trains, les bars, les discos et même les concerts, les festivals, les parades et les raves. Fini les bambous de 50 cm, les shiloms géants et les sachets de 100 g ! Retour au stick et à la ration de survie bien planquée, triste réalité. Les consommateurs se sont crus intégrés, ils sont toujours pestiférés. Il est aussi possible de ne rien changer à ses habitudes, de résister par le mépris des lois et de la police. C’est une attitude dangereuse dans un système répressif où les organisations criminelles vont reprendre le contrôle de la production et du commerce. L’auto-producteur risque le racket et le vol de sa récolte, le simple consommateur peut avoir à assumer la chute d’un réseau, l’usager/partageur risque d’être traité comme un bandit. Plus rien avoir avec le bon vieux temps des magasins.

Cela ne doit pas durer
Les centaines de milliers, le million peut-être, d’usagers réguliers ou épisodiques de chanvre récréatif ou thérapeutique ne peuvent pas subir indéfiniment cette discrimination indigne d’une démocratie. Les conséquences sociales et sanitaires de cette consommation ne sont pas assez graves pour justifier un Etat policier, grand inquisiteur de notre santé physique et psychique. La police et la justice ont bien assez de vrais criminels à pourchasser, l’argent de nos impôts doit être mieux employé. Il manque encore quelques signatures pour valider l’initiative populaire Pro-chanvre. Que les retardataires se dépêchent, il est grand temps de lancer la campagne pour la votation. S’il faut être prudent avec la substance, il faut arrêter de cacher hypocritement ses opinions. Trop peu d’usagers soutiennent la réforme de la loi. C’est consternant au regard des milliers de fumeurs que nous croisons sur les évènements populaires. On ne se cache pas pour cramer mais la discrétion empêche de militer. Foutaise, c’est l’inverse la bonne voie.

Il faut vous manifester dans les media, auprès de vos élus, vos syndicats, vos organisations, votre entourage. Les Suisses vont avoir une chance unique de stopper la guerre au cannabis, elle ne se présentera plus avant 2020, au moins. Cela fera 45 ans passés sous le régime de la prohibition, 45 ans d’ingérence dans votre corps et dans votre tête, 45 ans de paranoïa et de stress, 45 ans d’enrichissement obscène des mafias, de blanchiment et de corruption, 45 ans de vie criminelle pour des millions d’humains juste à cause de leur besoin d’une plante pour mieux vivre. Ce n’est pas le futur que nous voulons pour nos enfants. Soutenez l’initiative, faites des dons, des actions, nous devons sortir le chanvre du placard !

Laurent Appel

Date de parution mercredi 31 août 2005 00:11

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