Un chercheur américain sur trois coupable d’inconduites scientifique
Le sondage serait-il un confessionnal commode pour les scientifiques ? Sur plus de 3 000 chercheurs des National Institutes of Health américains ayant répondu anonymement à une équipe de Minneapolis (Minnesota), un tiers ont avoué avoir adopté, depuis trois ans, des comportements contrevenant à la déontologie.
"La tension est considérable pour le chercheur, incité à publier les choses les plus spectaculaires (US-DEA ?)"
Ces turpitudes, publiées dans la revue Nature du 9 juin, sont très diverses : elles vont de la pure falsification des données (0,3 % de l’échantillon) au véniel enregistrement inadéquat des données du projet de recherche (27,5 %). Le "Top Ten" des comportements prêtant à sanction comprend entre autre l’"utilisation non autorisée d’informations confidentielles" (1,7 %), le fait de ne pas rendre publique son implication dans des sociétés dont les produits sont fondés sur ses recherches (0,3 %), l’"utilisation d’une idée d’autrui sans en avoir obtenu la permission ou sans lui en faire crédit" (1,4 %), ou encore le défaut de présentation de données contredisant ses recherches (6 %).
"Historiquement, les professionnels comme le public se sont focalisés sur des cas médiatiques d’inconduite scientifique, écrivent Raymond de Vries, du centre de bioéthique de l’université de Minneapolis, et ses collègues. Mais nous croyons que les chercheurs ne peuvent plus se permettre d’ignorer une plus grande diversité de comportements sujets à caution qui menacent l’intégrité de la science." Leur étude, la première du genre à tenter une analyse quantitative, jette une lumière crue sur la vie des laboratoires. D’autant que la technique du sondage, non coercitive, sous-estime le niveau des irrégularités.
INTÉGRITÉ ET INTÉGRALITÉ
Les efforts déployés aux Etats-Unis pour promouvoir l’intégrité en matière de recherche scientifique se sont focalisés sur le plagiat, la falsification et l’invention de données. Ils manquent partiellement leur cible, écrivent les auteurs de l’étude, qui invitent leurs collègues à réfléchir non seulement aux comportements individuels, mais à l’environnement qui peut les induire.
"La tension est considérable pour le chercheur, incité à publier les choses les plus spectaculaires et les plus simples à interpréter" , confirme Jean-Claude Ameisen, président du comité d’éthique de l’Inserm. L’étude américaine fait émerger, dit-il, la situation de "conflit d’intérêt où se trouve tout chercheur, à la fois juge et partie des résultats qu’il produit et interprète" .
Pour lui, "il n’y a pas d’autorégulation possible hors d’un arbitrage collectif" . Intégrité scientifique et accès à l’intégralité des données vont de pair. En ne retenant que ce qui marche, le système de publication joue le rôle de filtre "positiviste" , négligeant les enseignements à tirer des échecs. Un accès aux données primaires, même différé, permettrait un meilleur jugement par les pairs. Les nouvelles règles de publication des essais thérapeutiques, instaurant le partage des données, offrent une piste. A moins de considérer, souligne Jean-Claude Ameisen, que, "sauf en recherche médicale, où elle est parfois question de vie ou de mort" , l’intégrité des résultats scientifiques n’a qu’une valeur relative...
Hervé Morin











