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Utilisation du chanvre (The Green Touch SA.)

Utilisations thérapeutiques : Pour la plupart des gens, le cannabis présente, littéralement, des centaines d’utilisations thérapeutiques telles que :

Asthme : Fumer du cannabis (ce que l’AMA appèle la "drogue brute") serait bénéfique à 80% des asthmatiques et prolongerait considérablement leur longévité, par rapport aux médications actuelles toxiques comme par exemple la Théophylline que l’on prescrit aux enfants. Le Dr. D. Tashkin déclara le 12 décembre 1989 qu’"il est connu que prendre quelques bouffées de marijuana peut arrêter une crise d’asthme majeure". L’utilisation du cannabis par les asthmatiques remonte à des milliers d’années. Les lésions liées au THC pouvant être provoquées par la fumée du cannabis dans les poumons, ne contiennent pas de radioactivité contrairement aux lésions provoquées par le tabac.

Emphysème : Le Dr Tashkin a utilisé de la marijuana sur des patients souffrant d’emphysème et a admit que cela leur faisait du bien à cause de l’ouverture et de la dilatation des passages.

Glaucome : Aux Etats-Unis, 14% des cas de cécité sont la conséquence du glaucome, une perte progressive de la vision. Le cannabis serait deux à trois fois plus efficace que tous les médicaments actuels dans la réduction de la pression occulaire. Il est sans effets secondaires toxiques pour les reins et le fois, et ne fait courir aucun risque de "mort soudaine" au contraire des syndromes associés aux préparations pharmaceutiques oculaires légales (en goutte) contre le glaucome. La plupart des ophtalmologues de Californie conseillent à leurs patients atteint de glaucome de consommer de la "marijuana de la rue" en sus des médicaments légaux, mais toxiques, qu’ils leurs prescrivent, soit pour ses propres vertus, soit pour en atténuer l’effet des premiers.

Tumeurs : Prolifération anormale de cellules, aboutissant à une surproduction tissulaire. Des chercheurs de la faculté de Médecine de Virginie ont découvert que le cannabis était un produit d’une grande efficacité dans la réduction de nombreux types de tumeurs, soit bénignes, soit malignes (cancéreuses).

Nausées : Les traitements de chimiothérapie contribuent à influencer sur le cancer et le sida, mais ils présentent des effets secondaires pénibles, notamment des nausées. "La marijuana est le meilleur agent pour contrôler les nausées dans la chimiothérapie cancéreuse" d’après le Dr. T. Ungerleider, responsable du programme de recherche sur la marijuana et le cancer de 1979 à 1984. C’est également vrai dans le cas du sida et des nausées dûes au mal de mer ou de l’air.

Epilespsie, sclérose en plaques, douleurs dorsales, spasmes musculaires : Le cannabis est bénéfique à environ 60% des épileptiques. L’extrait de cannabis se montre encore plus efficace que le Dilantin (anti-épileptique fréquement prescrit, mais dont les effets secondaires peuvent être graves). "Le cannabis est propbablement l’anti-épileptique le plus puissant connu à nos jours en médecine et peut servir de traitement pour de nombreuses formes d’épilepsie (mais pas toutes)" pouvait-on lire dans Medical World News en 1971. Les crises sont alors moins fréquentes et moins fortes que chez les patients prenant des produits pharmaceutiques. Fumer de la marijuana soulage profondément les personnes souffrant de sclérose en plaques, maladie qui affecte le système nerveux et se traduit par une faiblesse du tonus musculaire, des tremblements, etc. Enfin, le cannabis, fumé ou même appliqué en cataplasme, est aussi le meilleur relaxant musculaire, le meilleur antispasmodique et le meilleur traitement des douleurs dorsales, si l’on excepte la morphine.

Effets désinfectants, antibiotiques et antibactériens : Les jeunes plants de chanvre, avant bourgeonnement, permettent l’extraction du CBD (acide cannabidiolique). Il existe de nombreuses application antibiotiques des cannabidiols, y compris dans le traitement de la blennoragie. Une étude en Floride en 1900 semble aussi indiquer leur utilité dans le traitement de l’herpès. Eléments acides du tétrahydrocannabinol, les cannabidiols sont inversément proportionnels, en quantité, au THC présent dans la plante, et donc plus acceptables pour les prohibitionnistes parce qu’ils ne permettent pas de "planer". Pour presque chaque affection susceptible d’être soignée à la téramycine, les dérivés du cannabis ont fait mieux, d’après une étude tchèque conduite en 1952-1955. En 1989, les Tchèques publiaient encore des rapports sur les techniques de culture du chanvre pour obtenir une plante riche en cannabidiols.

Arthrite, herpès, fibrose kystique et rhumatismes : Le cannabis est un analgésique local. Jusqu’en 1937, presque tous les emplâtres, les cataplasmes de moutarde ou autres, et les onguents musculaires, comportaient des extraits de cannabis. Jusque dans les années 1960, en Amérique du Sud, on traitait les rhumatismes avec des feuilles de chanvre et/ou avec des terminaisons florales chauffées dans de l’eau ou de l’alcool et placées sur les articulations douloureuses. En fait, cette forme de traitement par les simples herbes est encore largement utilisée dans le Mexique rural, en Amérique centrale et en Amérique du Sud, ainsi que par les latinos de Californie, afin de soulager les douleurs de l’arthrite. Le contact direct avec le THC tue le virus de l’herpès, d’après une étude de l’Université de Floride du Sud (Tampa) menée en 1990 par le Dr. G. Lancz, qui avertit néanmoins que "fumer de la marijuana ne guérira pas un herpès". Cependant, des rapports semblent indiquer une plus grande rapidité de dessication et de guérison des lésions après application locale d’inflorescences "fortes" trempées dans de l’alcool à friction et broyées en pâte.

Expectorant : Le cannabis est le meilleur expectorant naturel pour nettoyer les poumons des goudrons, poussières et phlègmes associés à l’usage du tabac. La fumée de la marijuana dilate effectivement les voies aériennes, les bronches et permet l’admission de davantage d’oxygène dans les poumons. Le cannabis est également le meilleur dilatateur naturel des miniscules conduits menant aux alvéoles pulmonaires, et il peut convenir pour cet usage à environ 80% de la population (les 20% restant manifestant parfois des réactions négatives mineures). Beaucoup de coureurs de fond estiment que l’usage du cannabis nettoie leurs poumons et leur donne une meilleure endurance.

Sommeil et relaxation : Le cannabis abaisse la pression sanguine, dilate les artères, et réduit la température corporelle d’un quart de degré, ce qui contribue à atténuer le stress. Les personnes qui fument du cannabis le soir disent en général mieux dormir ensuite. Contrairement au Valium, le cannabis ne potentialise pas les effets de l’alcool. On estime que le cannabis pourrait remplacer plus de 50% du Valium, Librium, Thorazine et autres somnifères. Ces neurotoxines délivrées sur ordonnance sont des produits chimiquement voisins des pesticides et du gaz inervant "sarin".

Stress et migraines : Le cannabis est le meilleur traitement pour lutter contre le stress. La réaction la plus courante à une "intoxication au cannabis" est un état calme, légèrement euphorique, dans lequel le temps ralentit et où la sensibilité à la vue, aux sons et au toucher est exaltée. Contrairement à l’abus des benzodiazépines, il n’y a pas de danger d’accoutumance maladive. Alors que le tabac contracte les artères, le cannabis les dilate. Les migraines étant le résultat de spasmes artériels combinés avec un état trop détendu des veines, les changements vasculaires induits dans les méninges par le cannabis les font en général disparaître.

Apétit : Les consommateurs ont souvent (mais pas toujours) une simulation de l’apétit. Ce qui fait du cannabis un excellent médicament contre l’anorexie. Fumer de la marijuana peut rendre la bouche plus sèche. C’est la meilleure manière de s’assécher le palais de façon non toxique. Cet usage pourrait remplacer les composés hautement toxiques de Probathine. Le cannabis pourrait aussi se montrer utile dans le traitement des ulcères peptiques.

Sida, dépression et autres usages médicaux fondamentaux : L’un des effet bien connu du THC est son côté euphorisant. Les utilisateurs jamaicains reconnaissent ses effets bénéfiques pour la méditation, la concentration, l’élévation de la conscience et la création d’un état de bien-être et d’affirmation de soi. Ce mode d’ajustement des attitudes, renforcé par un meilleur appétit et un meilleur repos représente parfois toute la différence entre "mourir du sida" et "vivre" avec le sida. Le cannabis soulage les petites douleurs, et aussi certaines des grandes et pourrait contribuer au mieux-être des gens âgés, affligés de maux comme l’arthrite, l’insomnie et les infirmités débilitantes. Il leur permettrait de profiter de la vie avec à la fois plus de dignité et de confort.

Comme application médicinale du cannabis, on relèvera la guérison des blessures, la relaxation musculaire, l’effet analgésique, l’effet fébrifuge, et l’aide sans équivalent qu’il apporte lors d’accouchements. Mais il en compte des centaines d’autres.

Alimentation : Le chenevis est un aliment composé de proportions idéales de protéines et d’acides gras essentiels. Seuls les germes de soja contiennent plus de protéines. Près de 60 % de la protéine du chenevis se présente sous forme de globuline " edestine " (edestos en grec signifiant mangeable). On note aussi la présence d’albumine, une substance apparentée aux protéines à masse moléculaire élevée. La graine de chanvre assure au corps humain la faculté de constituer des immunoglobines qui agissent comme des anticorps dès que surgissent les premiers symptômes de maladie. L’huile contenue dans la graine de chenevis, forme les acides linoléliques, dont dépend la clarté du teint, le lustre des cheveux, la lumière des yeux et même de la pensée, et qui lubrifient et nettoient les artères. Ces acides gras essentiels sont vitaux pour le système immunitaire. Comme les germes de soja, on peut épicer la pâte de chenevis de façon à lui donner un goût de poulet, de boeuf ou de porc. On peut la préparer comme du tofu, en faire une sorte de margarine, à un coût de revient beaucoup plus faible que le soja. Les pousses sont encore plus riches que les graines, et délicieuses dans les salades ou des sautés de légumes. Le chenevis moulu ressemble à une farine savoureuse qui peut servir à la confection de gâteaux, de crêpes, de bouillies. Et cela sans effet hallucinogène, mais très nourrissant. Quand on presse le chenevis pour en obtenir de l’huile, on obtient un résidu extrêmement riche en protéines. Jusqu’au 20ème siècle, ce résidu entrait dans la composition de l’alimentation animale.

Energie et environnement : Le chanvre est la plante au monde capable de produire le plus de biomasse, seule ressource annuelle renouvelable et capable, à terme, de remplacer les carburants d’origine fossile. Lorsqu’on fait pousser du chanvre dans le but de tirer de l’énergie de sa récolte, la plante "inhale" du gaz carbonique CO2, puis lorsqu’il est brûlé pour produire de l’énergie, elle libère de nouveau ce gaz carbonique dans l’air, assurant ainsi l’équilibre. Henry FORD avait conçu des voitures en plastique à base de paille de blé, de chanvre et de sisal (voir Popular Mechanics de décembre 1941). Il voulait que le carburant en soit le méthanol à base de la biomasse de chanvre. Durant sa croissance, le chanvre "inhale" du CO2 (gaz carbonique) pour construire la structure de sa cellule, en revanche, ce mécanisme dégage ensuite de l’oxygène, enrichissant de nouveau l’atmosphère. Ensuite, lorsque la biomasse de chanvre riche en carbone est brûlée pour produire de l’énergie, le CO2 est de nouveau libéré dans l’air ; le cycle du CO2 se rapproche à nouveau de l’équilibre écologique avec la croissance de la récolte suivante. La biomasse obtenue n’est jamais convertie entièrement en carburant : des feuilles, des parties de tiges, et l’ensemble des racines restent comme résidus dans les champs. Ces matières organiques, riches en carbone, contribuent à fertiliser le sol, et à chaque saison, un peu plus de gaz carbonique de l’air pénêtre ainsi dans le sol, si bien que les carburants d’origine végétale contribuent à réduire lentement la quantité de gaz carbonique de notre atmosphère polluée.Le chanvre est capable de produire 25 tonne de biomasse par hectare, et cela tous les 4 mois. La conversion de la biomasse par le procédé de la pyrolise, qui consiste à soumettre la matière organique à de hautes températures ou sous atmosphère raréfiée, produit une sorte de "charbon de bois propre" qui remplacerait avantageusement le charbon ordinaire. Le soufre, rejeté par les cheminées des usines brûlant du charbon fossile, est la première source des pluies acides.Le "charbon de bois propre" tiré du chanvre par le procédé de la pyrolise ne contient pas de soufre, et sa combustion, même à l’échelle industrielle, n’en rejetterait pas. La transformation de la biomasse par "cracking" produit également des carburants sans soufre susceptibles de remplacer les variétés de produits pétroliers d’origine fossile, comme le gazole. Et la quantité globale de gaz carbonique atmosphérique n’augmente pas lorqu’on brûle un carburant ayant pour origine la biomasse. La pyrolise emploie la même technologie par "cracking" que celle de l’industrie du pétrole dans le raffinage des carburants fossiles. Les gaz que dégagent les procédés d’extraction, dans les procédés de pyrolise ou de cracking du chanvre, pourraient servir à faire tourner des générateurs électriques par la même occasion. Le processus par conversion de la biomasse peut être ajusté pour produire du charbon de bois, des carburants liquides, du méthanol, ainsi que des produits chimiques impodrtants pour l’industrie : acétone, acétate d’éthyle, goudron, poix et crosote. La société FORD a fait fonctionner avec succès une usine de cracking de la biomasse dans les années 1930 à Iron Mountain dans le Michigan. Les graines de chanvre contiennent 30% d’huile (en volume). Cette huile a pu servir à faire du gazole de haute qualité et du carburant pour avion, elle peut servir dans les machines de haute précision. L’huile de chanvre avait toujours été utilisée pour l’éclairage. Les tiges de chanvre sont constituées à 80% de déchets (le sous-produit sous forme de pulpe, que l’on obtient une fois que l’on a retiré les fibres), et ces décheta contiennent eux-mêmes 77% de cellulose, une matière première importante pour l’industrie chimique, la production de plastique et de fibres. Un hectare de chanvre peut produire entre 50 et 100 fois plus de cellulose que les tiges de mais ou de canne à sucre. A peu près partout, il est possible de faire deux récoltes annuelles de chanvre au minimum. Le chanvre présente un cycle de croissance court, et peut être planté après la récolte des plantes alimentaires. Chaque hectare peut produire environ 10000 litres de méthanol. Malgré ses exceptionnelles capacités de production, le chanvre est une plante frugale qui n’épuise pas les sols : elle perd une partie de son épaix feuillage pendant toute la saison et produit un terreau qui contribue à retenir l’humidité. Le prix de revient d’une tonne de chanvre destinée à produire du carburant est d’environ 30$. L’huile tirée des graines pourrait servir à nouveau de matière première aux industriels producteurs de peintures et de vernis.L’association BACH (Business Alliance for Commerce in Hemp), basée à Los Angeles, indique que l’on compte quelques 50 000 utilisations commerciales (autres que de le fumer) pour le chanvre, toutes viables économiquement et compétitives.

Haute-couture : A partir de 1989, la Chine a fabriqué des vêtements faits d’un mélange de coton et de chanvre. En 1993, Chinois et Hongrois proposent des tissus 100 % en chanvre. Ce lui-ci a un très grand pouvoir d’absorbtion, une résistance nettement au dessus de celle du coton et une bonne qualité isolante. On peut en faire des vêtements contre la pluie et le froid, des draps de lit confortables, des serviettes douces (le chanvre absorbe mieux l’eau que le coton), des couches (même jetables, puisqu’il n’y aura plus besoin d’arbres pour les fabriquer), tissus d’ameublement, textiles muraux, tapis, tout cela fabriqué 100% en chanvre. En gros, cela sera de manière générale de meilleure qualité, moins cher et écologiquement plus sûr.

Papier : Des études récentes montrent que l’apauvrissement de la couche d’ozone menace de réduire de 30 à 50% la production mondiale de variétés de pins desquels sont tirés pour l’essentiel de la production de la pâte à papier. Si l’on substituait à celle-ci une production de papier de chanvre, il est déjà démontré qu’il résiste non seulement aux rayons ultra-violets, mais en est d’autant plus florissant. De plus, la pollution de l’eau par la dioxine de nos rivières serait grandement atténuée puisque le chanvre n’a pas besoin d’être traité au chlore contrairement au bois. Cela signifierai donc plus de poissons, crustacés et autres, donc davantage de pêche possible. Le papier de chanvre est plus solide et plus résistant au pliage que le papier fabriqué avec de la pulpe de bois. Les cartons et sacs en papier de chanvre dure plus longtemps et sont facilement réemployables.

Plastique : Le chanvre est la meilleure source possible en cellulose, et le premier polymère organique auquel on a eu recours pour fabriquer des plastiques, y compris la cellophane, le celluloide et la rayonne, ou que l’on a chimiquement adapté à toutes sortes de production de plastique. La cellulose est un polymère organique biodégradable, alors que les bitumes et les goudrons, principales sources de polymères synthétiques comme le nylon, constituent une ressource fossile non biodégradable.

Autres : On peut trouver des milliers d’autres applications à la culture du chanvre, de la peinture à la dynamite. Cela signifierait de nouveaux emplois, de nouvelles entreprises, de nouveaux capitaux et donc une relance de l’économie, tout en sauvegardant l’avenir de notre écologie.

Récupération et régénération de la terre : Jusqu’au 20ème siècle, les paysans se servaient du cannabis pour préparer les champs en vue de leur plantation, comme simple plante de jachère, ou après les feux de forêts pour empêcher les glissements de terrain et le ruissellement. Les graines de chanvre déploient des racines de 25 à 30 cm de long en un mois seulement. En comparaison, l’orge et le seigle font pousser une racine de 2,5 cm pour le même laps de temps. Le chanvre a également l’avantage de fragmenter les sols trop durs ou trop travaillés. Les régions désertifiées à la suite d’une surexploitation pourraient être ainsi peu à peu récupérées.

Détente : On peut fumer la marijuana, mais on peut également en manger, ce qui permet d’éviter complétement les effets irritants de la fumée. Le corps humain absorbe toutefois quatre fois plus d’ingrédients actifs du cannabis pris sous forme de fumée que lorsqu’il en ingère la même quantité sous forme alimentaire. Il est en outre virtuellement possible de supprimer toutes les substances cancérigènes en utilisant un système de pipe à eau.

Terminologie : Le nom de "chanvre" en français est directement dérivé du latin cannabis. En anglais, "hemp" vient du viel anglais "hanf", terme que l’on voit apparaître au Moyen-Age vers l’an mil. L’un comme l’autre font en principe référence au cannabis sativa, variété ne contenant que des quantités négligeables du principe actif THC, par opposition au cannabis sativa indica, qui en contient beaucoup plus. Le chanvre désigne donc avant toutles longues fibres obtenues à partir de cette plante. On a longtemps considéré le chanvre comme la plante à fibres par excellence, et du coupe, son nom a été appliqué à toutes sortes de fibres qui n’en étaient pas en réalité. C’est ainsi que le "chanvre de Manille" est en fait de l’abaca, que le "chanvre de sisal" vient, comme son nom l’indique du sisal, que le "chanvre de Maurice" est de la fibre de furcrea,, celui de Nouvelle-Zélande du phormium ; la crotalaire et le jute indiens sont aussi souvent baptisés "chanvre". Toutes ces plantes présentent un aspect bien différent du vrai chanvre et leur valeur économique est loin d’être la même. Le chanvre porte en espagnol le nom de canamo, en portugais celui de canhamo, en italien de canapa, en albanais de canep, en russe de konopli, en polonais de penek, en belge de kemp, en allemand de hanf, en hollandais de khennup, en suédois de hamp, en danois de hampa, en bulgare de kenevir, en chinois de ta-ma, si-ma et tse-ma, en japonais de asa, en turc de nasha, en syrien de kannabira, et en arabe de kannab.

Composition : Le cannabis est une plante complexe et extrêmement évoluée. Il y a environ 400 composants dans sa fumée, dont 60 ont une valeur thérapeutique.

Histoire : Vingt-sept siècles avant J.-C., les Chinois cultivaient le chanvre pour sa fibre et ses propriétés médicinales. Trois mille sept cents ans plus tard, (soit vers l’an mil de notre ère), les chinois appellent le chanvre ta-ma ou "grand chanvre" pour le distinguer des autres plantes à fibre, groupées sous le terme générique de ma. Le pictogramme du véritable chanvre est un homme de grande taille, ce qui souligne la forte relation entre le cannabis et l’homme.

Au cours des invasions de l’Europe par les tribus aryennes (entre 2300 et 1000 ans avant J.-C), ces nomades introduisirent le cannabis et ses différents usages partout où ils passèrent. A ces époques, on en faisait usage dans l’alimentation, les textiles et les huiles. De plus, la droque qu’on en tirait constituait un lien rituel avec les dieux. Les scythes, et par la suite, de par cet exemple, les Thraces et d’autres peuplades, vers le 6ème siècle avant J.-C., l’utilisèrent aussi en inhalation lors de leurs rîtes funéraires. Pendant des siècles, l’ "herbe sacrée " était réservée aux prêtres et aux chamans, les autres utilisateurs des propriétés exceptionnelles du cannabis étant alors considérés (par les prêtres évidemment) comme des sorciers ou des hors-la-loi, et étaient souvent condamnés à mort.

Le chanvre a entretenu une relation curieuse avec les systèmes juridiques des différentes civilisations. Sa culture a été tout à tour illégale ou au contraire obligatoire. Dans de nombreuses tribus africaines, la punition la plus grave pour un crime de sang, consistait à obliger le criminel à fumer sans interruption des quantités massives de dagga (cannabis) pendant des heures, enfermé dans une petite hutte sans ouverture, jusqu’à ce qu’il perde connaissance. Les Africains rapportent que le taux de récedive après ce traitement était pratiquement nul. La loi a été appliquée de manière violente en Europe et en Amérique, lorsque les bourreaux passaient au cou des criminels la trop fameuse "cravate de chanvre".

Mythes et légendes : Dans nombre de religions, le cannabis a représenté des aspects fondamentaux comme dans

le shintoisme (au Japon) : on y utilisait le cannabis pour lier les couples mariés et chasser les mauvais esprits. Il passait pour être une source de joie et de bonheur dans le mariage

l’hindouisme (en Inde) : le dieu Shiva passe pour avoir "ramené le cannabis de l’Himalaya pour la joie et l’illumination des hommes". Les prêtres "sardou" parcourent l’Inde et le monde en partageant le "chillum", une pipe remplie de cannabis, auquel ils mélangent parfois d’autres substances. Dans la Bhagavad-gita, Krishna déclare : "Je suis l’herbe qui guérît" (9/16), tandis que le cinquième chant de la Bhagarat-purana décrit le haschish en termes explicitement sexuels.

le bouddhisme (Tibet, Inde et Chine) : à partir du 5ème siècle avant J.-C., les bouddhistes ont pratiqué un usage rituel du cannabis ; les rites d’initiation et les expériences mystiques s’appuyant sur le cannabis sont monnaie courante dans beaucoup de sectes bouddhistes chinoises. D’après une ancienne tradition bouddhique, Siddharta lui-même (le futur Bouddha) n’aurait rien consommé sinon du chanvre et des graines de cannabis pendant les six années qui ont précédé son illumination et la révélation de sa mission.

les zoroastriens ou mages (Perse, entre le 8ème et le 3ème siècle avant J.-C.) : Ils seraient à l’origines de l’histoire des Rois Mages venus célébrer la naissance du Christ, cela d’après de nombreux spécialistes du christiannisme. La religion zoroastrienne se fondait (au moins superficiellement) sur la plante de chanvre prise dans son intégralité ; elle intervenait comme sacrement principal dans la classe des prêtres et constituait leur première ressource en plante médicinale, ils l’utilisaient en obstétrique, avec de l’encens pour les rituels, comme huile sainte, mais aussi comme huile à brûler dans les lampes du monde séculier. On pense que le terme "magie" vient du terme zoroastrien "magi".

les esseniens (ancien Israël) : ils utilisaient le chanvre pour ses propriétés médicinales, tout comme les " thérapeutes " égyptiens. Certains érudits pensent que les uns comme les autres étaient, sinon des disciples, du moins des proches des prêtres/médecins zoroastriens

les soufis : ils sont des mystiques musulmans qui ont utilisé le cannabis et en ont venté les vertus pour ses révélations divines, sa capacité à faire fusionner le croyant avec le divin, pendant au moins mille ans. Pour beaucoup de spécialistes, le mysticisme des prêtres soufis est en réalité celui des zoroastriens qui aurait survécu aux conquêtes de l’Islam des 7ème et 8ème siècles et aux conversions (plus ou moins forcées) qui s’en sont suivies

certains coptes chrétiens d’Egypte et d’Ethiopie : ils croient que "l’herbe verte sacrée des champs", ainsi que les "encens suaves" et les "encens et huiles sacrés "mentionnés dans la Bible ne seraient autres que le cannabis

les bantous : ils procédaient à un culte secret du "dagga" (cannabis), réservé aux chefs ; les Pygmées, les Zoulous et d’autres considéraient le cannabis comme une médication indispensable pour les crampes, l’epilepsie et la goutte, et en avaient fait un sacrement religieux

les rastafarians (de la Jamaïque et d’ailleurs) : ils sont une secte religieuse contemporaine qui se sert de la "ganga" comme moyen sacré d’entrer en communion avec Dieu (Jah).

les judaïstes : on constate que l’usage du cannabis, pourtant connu à cette époque et dans cette région, n’était ni interdit, ni même découragé dans la Bible. Certains passages y font une allusion directe à ses bienfaits et en prédisent même l’interdiction.

les premiers chrétiens : les premières sectes chrétiennes étaient composées d’individus en général ouverts, doux, aimants, qu’elles étaient tolérantes et peu structurées. Rome considérait le christianisme simplement comme un autre culte oriental de mystères, à l’instar du culte de Mitra ou de celui d’Isis, alors les plus répendus dans l’Empire romain. Miné par des guerres ruineuses et la corruption politique, l’Empire romain était dans un état catastrophique. Dès l’an 249 de notre ère, les empereurs qui se succédèrent entreprirent de sanglantes persécutions, notamment envers les turbulents chrétiens. Cinquante ans, la méthode n’ayant pas été efficace, l’Empereur Constantin fit cesser les persécutions et se convertit lui-même au christianisme. En combinant la force de l’Etat et la force de l’Eglise, chacun était en mesure de multiplier son pouvoir et de dénoncer plus facilement les crimes (ou péchés) de ses ennemis ou rivaux politiques (ou religieux) en bénéficiant de l’appui total de l’autre. Constantin fit du christianisme la religion officielle obligatoire et monothéiste de l’Empire : l’Eglise catholique et romaine, autrement ditl’EgliseRomaineuniverselle.Dansla foulée, il fit mettre hors la loi toutes les sociétés secrètes qui auraient pu menacer son mandat. A compter des 4ème et 5ème siècles, les religions païennes et les autres sectes chrétiennes furent soit incorporées à l’Eglise orthodoxe, soit interdites et chassées de la doctrine officielle comme de la hiérarchie et certains sont devenus clandestins, ce qu’ils resteront pendant tout le Haut Moyen Age. Au 10ème siècle, tous les peuples d’Europe se virent forcés d’y adhérer. Les responsables politiques aidèrent l’Eglise et décrétèrent des lois assorties de châtiments extrêmes pour la moindre infraction, le moindre soupçon d’hérésie, les hérétiques étaient pourchassés par des inquisiteurs impitoyables, fanatiques et sadiques. La damnation était de plus le lot de tous les excommuniés. Avec l’interdiction à 95% de la population de l’accès à la lecture et à l’écriture (et donc encore moins au Latin, alors la langue de la Bible), les prêtres ont pu interprêter à leur manière les Ecritures, et cela pendant environ douze siècles en Europe. Tout en faisant du vin un sacrement, et en tolérant les autres produits alcoolisés comme la bière, l’Inquisition inderdisit l’ingestion du cannabis en Espagne au 12ème siècle et en France au 13ème. Nombre d’autres médications naturelles furent simultanément bannies. Quiconque se servait de chanvre pour communiquer, soigner ou dans un autre but était aussitôt étiqueté comme "sorcier". Jeanne d’Arc, en 1430, fut entre autres choses accusée d’avoir utilisé des drogues à base de plantes de sorcières, y compris du cannabis, pour entendre des voix. Les gens du peuple qui osaient ne pas se soumettre à ces lois pouvaient, dans certains cas, être puni de mort. Contradictoirement, si d’un côté, l’Eglise persécutait les utilisateurs de cannabis en Europe, les conquistadors espagnols n’eurent rien de plus pressé que de planter du chanvre un peu partout dans le monde afin de pouvoir se procurer à bon compte des voiles, du cordage, de l’étoupe et des vêtements. En 1868, l’Egypte fut le premier pays dit "moderne" à interdire la consommation de cannabis (les égyptiens consommateurs se moquaient trop ouvertement du sultan et manquaient de respect à ses représentants), suivie en 1910 par l’Afrique du Sud, qui décida alors de poursuivre les Noirs pratiquant leur culte traditionnel du dagga. En Europe, le chanvre, nonobstant l’interdiction papale de 1484 portant théoriquement sur toutes les terres du Saint Empire romain, continua d’être cultivé à la fois pour sa valeur industrielle et ses propriétés médicinales, en particulier au nord et à l’est des Alpes, et jusqu’à ce jour par les Roumains, les Tchèques et les Hongrois, lesquels sont aujourd’hui encore passés maîtres dans l’art de sa culture. En Irlande, déjà mondialement célèbre pour sa toile de chanvre, les femmes irlandaises souhaitant savoir qui elles allaient épouser cherchaient cette révélation par le biais du cannabis. Finalement, le commerce du chanvre prit une telle importance pour les bâtisseurs d’Empires qui se succédèrent à partir du 14ème siècle que son statut occupe une place essentielle dans les intrigues et les manoeuvres de toutes les grandes puissances mondiales. Abraham Lincoln était un ennemi avoué de la prohibition. On prescrivit du cannabis à son épouse après son assassinat. Pratiquement tous les Présidents américains, depuis le milieu du 19ème siècle jusqu’à sa prohibition, ont pris régulièrement des médicaments à base de cannabis. John F. Kennedy prenait régulièrement du cannabis pour attunéer ses douleurs de dos, et il aurait envisagé sérieusement la légalisation de la marijuana au cours de son deuxième mandat, en cas de réélection - projet que son assassinat, en 1963, ne lui permit pas de réaliser.

De 1842 jusqu’aux années 1890, la marijuana, généralement appelée extrait de cannabis indica ou de chanvre indien, fut l’un des trois produits (après l’alcool et l’opium) les plus utilisés dans nombre de médicaments brevetés ou dans les préparations pharmaceutiques. Notons en passant que le cannabis était alors employé à des dosages que l’on considérerait aujourd’hui comme massifs, puisque les doses quotidiennes que l’on prescrivait non seulement aux adultes, mais aussi aux enfants et aux vieillards, étaient souvent équivalentes à la consommation d’un ou deux mois d’un consommateur modéré actuel (d’après les chiffres donnés par l’administration américaine elle-même). Toutefois, on avait à peu près tout oublié des applications médicales de la plante en Occident depuis l’époque de l’Inquisition. Il fallut qu’un certain William O’Shaugnessy, médecin britannique de 30 ans, alors en service dans l’armée indienne du Bengale (le "pays du cannabis"), observe la manière dont ses collègues indiens se servaient, avec succès, de différents extraits de chanvre pour traiter toutes sortes de maladies, alors incurables selon les méthodes de la médecine occidentale (y compris le tétanos), pour que les choses commencent à évoluer. O’Shaugnessy, utilisant comme sujets d’étude, non seulement des patients, mais des animaux et lui-même, finit par rédiger une énorme étude sur la question (la première qui fut l’oeuvre d’un occidental). En 1839, il publia un premier article de quarante pages sur les applications du cannabis. (Relevons en passant que ces travaux ne l’empêchèrent pas de devenir millionaire et d’être anobli par la Reine Victoria pour le récompenser d’avoir construit le premier réseau télegraphique en Inde, dans les années 1850). Les différents articles d’O’Shaugnessy et ses découvertes sur les extraits de chanvre frappèrent d’étonnement le monde médical occidental. En moins de 3 ans, la marijuana devint le médicament à la mode en Amérique comme en Europe. On notera que durant cette même période allant des années 1840 aux années 1930, les gros laboratoires pharmaceutiques (Lilly, Squibb, Parke Davis, Smith Bros, Tildens, etc.) n’arrivèrent pas à trouver le moyen de prolonger la courte durée de vie du produit, ce qui rendait délicate sa commercialisation, et eurent le plus grand mal à fixer les dosages. La principale raison qui fit renoncer à l’usage du cannabis dans les préparations médicamenteuses aux Etats-Unis fut la difficulté d’identifier et normaliser les dosages. Par ailleurs, les médecins de la fin du 19ème siècle ne trouvèrent pas, en dépit de nombreuses recherches, le moyen d’injecter le produit à l’aide de leurs seringues hypodermiques toutes neuves... Ils ne l’ont toujours pas trouvé ! La sience de la psycho-pharmacologie naquit en France vers 1845, avec le Dr. J.-J. Moreau de Tours. Le cannabis devien l’un des premiers médicaments utilisés pour traiter les déments et les déprimés. Le Dr. Moreau fut l’ami intime d’Alexandre Dumas, de Victor Hugo et de Théophile Gautier, et c’est avec eux qu’il fonda, en 1845, à Paris, le premier club de cannabis du monde occidental : le club des haschischins.

A partir des 1860, la "Ganjah Wallah Hasheesh Candy Company" fabrica des confiseries au sucre d’érable contenant du cannabis. Ces produits devinrent l’une des friandises préférées des Américains. Vendues dans tout le pays, on en trouvait la publicité dans les journaux et jusque dans les catalogues de la très vénérable maison de vente par correspondance Sears-Roebuck. Considérés comme totalement inoffensifs, ces bonbons se vendirent pendant quarante ans. Les foires mondiales et autres expositions internationales, des années 1860 jusqu’en 1900, comprenaient un "salon turc" ou une "fumerie turque" dans leur enceinte. Fumer le haschich était quelque chose d’entièrement nouveau pour les Américains, les effets étaient beaucoup plus rapides. Néanmoins, ce mode de consommation restait trois fois moins fort et trois fois moins durable que l’ingestion orale des extraits de cannabis, pris à titre de médicament. Lors de l’exposition géante qui eut lieu pour le centenaire de Philadelphie, en 1876, les gens n’hésitaient pas à aller en famille ou avec des amis au très populaire "Turkish Hashish Parlor" afin de mieux profiter du reste de l’exposition. En 1883, des salons semblables existaient dans la plupart des grandes villes américaines, y compris New-York, Boston, Philadelphie, Chicago, Saint-Louis, La Nouvelle Orléans, etc. D’après les annales de la police, on estime qu’il existait plus de 500 de ces salons dans la seule ville de New-York, pendant les années 1880, et qu’on en comptait encore à peu près autant dans les années 1920, soit davantage que les "Speakeasy" (bars clandestins) à la même époque, - celle, rappelons-le, de la prohibition de l’alcool.

Etudes : De nombreux tests de l’armée US, effectués à l’arsenal d’Edgewood dans le Maryland, et ailleurs, et portant sur l’effet du cannabis sur les soldats (tout au long des nnées 1950 à 1960) ne montrent aucune perte de motivation ou de rendement chez les hommes fumant beaucoup de marijuana (sous l’égide de l’armée) depuis deux ans. Cette étude a été effectuée à six reprises par les militaires et des dizaines de fois par les universités, et a toujours abouti à un ou des résultats identiques.

Près d’un siècle s’est écoulé après que l’étude menée par la commission britannique RAJ sur les fumeurs de haschich concluait que l’usage du cannabis était sans danger, voire même utile. Depuis, de nombreuses enquêtes s’accordent sur ce fait, les plus importantes étant l’étude Siler, l’étude La Guardia, celles de la commission Shafer de Nixon, de la commsision canadienne Le Dain et de la Commission de recherches consultatives en Californie.

En 1981, une étude rapportait que dix des plus gros fumeurs d’herbe américains (appartenant à la religion copte et domiciliés en Floride), pensaient sincérement que le fait de fumer seize "spliffs" (un spliff équivaut à cinq joints américains courants) à haute teneur par jour, pendant dix ans, avait quelque peu accru leurs capacités mentales. Les docteurs Ungerlieder et Scheffer de l’UCLA les examinèrent et ne découvrirent chez eux aucune différence cérébrale par rapport aux non-fumeurs - pas davantage qu’ils ne confirmèrent l’augmentation de QI que les coptes prétendaient avoir constatée. La plupart des études (sur des populations, passées et actuelles) indiquent - toutes autres conditions étant identiques - un fumeur d’herbe américain moyen vivra plus longtemps que son compatriote et qu’il ne prend aucune drogue, qu’il aura moins de rides et qu’il sera moins stressé - par conséquent moins enclin à attraper des maladies affectant le système immunitaire et... plus pacifique dans ses rapports de voisinage.

L’étude la plus exhaustive sur les fumeurs de chanvre dans leur contexte naturel est probablement La Ganja à la Jamaïque, une étude médico-anthropologie de l’utilisation chronique de la marijuana, par Vera Rubin et Lambros Comitas. " L’étude jamaïcaine, sponsorisée par le Centre d’études des narcotiques et de la toxicomanie de l’Institut national de la santé mentale (NIMH), est le premier projet entrepris dans le domaine de l’anthropologie médicale et la première étude exhaustive et pluridisciplinaire publiée sur l’usage et les usagers de la marijuana. En dépit de son illégalité, l’usage de la ganja est généralisé, sur des périodes et une fréquence très importantes. On le fume plus longtemps, en quantité plus élevées et avec une teneur en THC plus forte qu’aux Etats-Unis, sans conséquences nuisibles sur le plan social ou psychologique. La différence principale étant son usage, tout comme les comportements attendus, sont conditionnés culturellement et contrôlés par une tradition bien établie " (extrait de l’introduction). L’étude souligne le soutien positif que la société apporte aux fumeurs de ganja à la Jamaïque, et l’éloge général que font de ce produit les usagers qui s’en servent comme incitateur au travail. Dans leur description des effets, les consommateurs disent qu’après avoir fumé ils se sentent plus "fûtés", plus vivants, plus gais, plus responsables et conscients. Ils rapportent également un effet bénéfique sur la concentration et la méditation, ainsi qu’une impression générale de bien-être et de confiance en soi. Vera Rubin et ses collègues n’ont découvert aucune relation entre le cannabis et le crime (exception faite des arrestations pour usage de marijuana), aucun affaiblissement des capacités motrices et ils ont constaté que les fumeurs et les non-fumeurs présentaient une même capacité de comportement extraverti, sans aucune différence dans leurs résultats de travail et leur faculté d’adaptation. Ils n’ont pas constaté que l’usage important de ganja diminuait la motivation au travail. L’examen psychologique révélait que les fumeurs parvenaient à exprimer plus ouvertement leurs sentiments, de façon un peu plus insouciante et avec un peu moins de concentration. Aucune preuve de lésion cérébrale organique ni de schizophrénie. Marilyn Bowman, à partir d’une batterie de tests psychologiques menés sur des fumeurs chroniques de marijuana à la Jamaïque, en 1972, n’a constaté "aucune diminution des fonctions physiologiques, sensorielles et psycho-motrices dans les tests de formation de concepts, de capacité d’abstraction, de style de connaissance et de mémoire". Ces Jamaïcains fumaient depuis des périodes allant de six à trente et un ans (la moyenne étant de 16,6 ans), et avaient commencé à fumer en moyenne à l’âge de douze ans et demi. Dans l’étude menée en 1975, entre les fumeurs et les non-fumeurs ne fut constatée aucune différence dans la testostérone du plasma ni dans la nutrition totale. On nota que le rendement était légèrement supérieur dans les sous-tests d’intelligence (sans signification statistique) et que "la mesure de référence d’immunité inter-cellulaire... n’était pas moins vigoureuse chez les utilisateurs". En définitive, "dans notre échantillon de personnes, les fumeurs de marijuana fumaient celle-ci en sus d’un nombre identique de cigarettes de tabac que leurs partenaires. Pourtant leurs voies respiratoires étaient, à tout prendre, en meilleur état que celles de leurs homologues. Nous devons donc provisoirement conclure que la marijuana n’a aucun effet nuisible sur ces voies ou qu’elle offre en fait une légère protection contre les effets nocifs de la fumée de tabac. Seules des recherches supplémentaires pourront définir, le cas échéant, laquelle de ces hypothèses est la bonne". Pour ce qui est des accusations disant que le cannabis est une drogue "tremplin" ou échappatoire, c’est-à-dire reprenant la théorie de l’excalade, "le recours aux drogues dures est à ce jour pratiquement inexistant chez les Jamaïcains de la classe ouvrière - aucun de ceux dont il est question dans cette étude (celle de Rubin ) n’a jamais pris de narcotiques, de stimulants, d’hallucinogènes, de barbituriques ou de somnifères". A la fin du 19ème siècle, on utilisait le cannabis en Amérique pour soigner la dépendance. Les personnes s’adonnant à l’opium, aux hydrates de chloral et à l’alcool étaient traités avec succès au moyen de doses importantes d’extraits de cannabis. Certains patients guérissaient avec moins d’une dizaine de doses d’extraits de cannabis. De la même manière, on s’est apperçu que le cannabis pouvait être utile dans le traitement moderne de l’alcoolisme.

En 1980, les résultats jamaïcains furent largement confirmés par une autre étude effectuée dans les Caraïbes : Le cannabis au Costa Rica : une étude de l’usage chronique de la marijuana, publiée par William Carter pour l’Institut d’études des problèmes humains. Là encore, les chercheurs ne trouvèrent aucune lésion concrète chez les fumeurs de cannabis chroniques parmi la population indigène. Au Costa Rica, on ne rencontre pas les problèmes sociaux relatifs à l’alcoolisme, si courants dans les autres îles des Caraïbes où l’on ne fume pas le cannabis. Cette étude démontre clairement que si la ganja est disponible et autorisée par la société, son usage remplacera largement celui de l’alcool (rhum).

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Article modifié le samedi 26 février 2005 16:47, Date de parution samedi 26 février 2005 16:25

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