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Yonne, LIGNY-LE-CHATEL : Il fut un temps où partout dans le village, on cultivait le chanvre

Quand on cultivait le chanvre à Ligny. Autrefois, à Ligny, la culture du chanvre était florissante dans le village.

http://www.lyonne.fr 11 août 2010

« Les fibres extraites permettaient de confectionner linge de corps et de maison ainsi que cordes et cordages. Les tisserands étaient au nombre d’une dizaine au début du XIXe siècle ; il en restait trois au début du XXe », expliquait Michel Valot, historien local aujourd’hui décédé, qui avait consacré une étude à ce sujet. « Dans l’église, la chapelle Saint-Blaise (la 3e côté nord), était réservée à la confrérie »

D’après l’étude de Michel Valot, en 1828, Ligny comptait 10 hectares de chènevières (terrains cultivés en chanvre), ensemencés au printemps et surveillés par les enfants qui chassaient les oiseaux friands de graines. Les feuilles apparues, puis les fleurs de couleur verte, en grappes sur les pieds mâles, en épis sur les pieds femelles, la chènevière dégageait alors une odeur puissante à laquelle, paraît-t-il, les femmes n’étaient pas insensibles. C’est donc les hommes qui s’en occupaient. Fin août, les tiges étaient coupées à la faucille, mises en bottes et transportées au routoir, mares peu profondes dans lesquelles elles étaient immergées et dans lesquelles, en septembre et octobre, une fermentation microbienne, le rouissage, détruisait les parties ligneuses pour ne conserver que les fibres utilisables. « Une odeur à laquelle les femmes n’étaient pas insensibles »

Le routoir principal, propriété des Hospices de Tonnerre, était situé derrière l’actuel grand lavoir. Pour sécher, les fibres étaient étalées dans les rues, sur les places et même sur les façades de maisons. Les odeurs très nauséabondes qui s’exhalaient étaient telles que le maire de l’époque, M. Garnier, avait pris un arrêté pour interdire cet épandage dans l’enceinte du bourg.

Après le rouissage, c’est le teillage (ou tillage) qui occupait les habitants. Avec un maillet, les tiges fixées sur des planches aménagées étaient frappées de façon à détacher les brindilles ligneuses ou chènevottes. Après cette opération, les fibres fines étaient filées au rouet puis confiées aux tisserands pour la confection des toiles inusables à draps, torchons et chemises.

Les fibres plus ou moins grossières servaient aux cordiers pour fabriquer ficelles et cordes pratiquement imputrescibles. Le chanvre au coeur de l’économie locale

Ainsi fonctionnait une partie de l’économie locale jusqu’à l’épidémie de choléra qui a touché Ligny en 1832 et a décimé 44 habitants. « Cette épidémie a peut-être eu raison de ce routoir », raconte Michel Valot. « Pour cause d’insalubrité, il est interdit par arrêté du préfet. En 1835, un projet de routoir communal voit le jour : il serait établi dans un terrain situé entre voie d’Auxerre et chemin de Villy, alimenté par la source de Méré-sur-l’eau. On en parle longtemps, on vote les crédits, les préfets passent, le dossier se perd et ce n’est qu’en 1847 que le roi Louis-Philippe donne son aval. »

A-t-on creusé ce routoir ? Rien ne le prouve et en 1858, alors que le rouissage du chanvre est interdit par le préfet dans l’arrondissement d’Auxerre, le fameux routoir du grand lavoir est toujours en service. Il est géré par le meunier qui réclame une indemnité de 800 francs pour le préjudice causé par son arrêt.

Après expertises, le rapport est formel : le routoir est un danger public. L’Hospice accepte de le transformer en vivier dont l’eau sera renouvelée. Aujourd’hui, on ne cultive plus le chanvre. Il n’y a plus de métier à tisser, plus de cordiers ni de touret n

P.-F. C.

Date de parution mardi 19 octobre 2010 00:38

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